19/09/2026
Mon analyse du discours d’Emmanuel Macron du 18 septembre 2026
Chapitre 1 — Pourquoi cette réunion ?
Emmanuel Macron commence par expliquer pourquoi il a réuni à l’Élysée les responsables des principaux partis politiques représentés au Parlement ainsi que différentes personnalités politiques. Il présente cette réunion comme une nécessité face à une situation internationale particulièrement tendue.
L’objectif affiché est de partager avec les responsables politiques français les informations dont dispose l’État concernant les crises internationales actuelles et leurs éventuelles conséquences pour la France.
À ce stade du discours, il installe donc immédiatement un contexte de gravité : ce qui se déroule à l’extérieur de nos frontières pourrait avoir des répercussions directes sur notre pays.
Chapitre 2 — Les services de renseignement et de sécurité
Emmanuel Macron précise ensuite que des responsables des services de renseignement, de sécurité et des administrations concernées ont participé aux échanges.
L’objectif est de présenter aux responsables politiques une vision de la situation reposant sur les informations dont disposent les services de l’État et d’évaluer les risques susceptibles de concerner directement la France.
Cette présence contribue évidemment à donner une dimension particulièrement sérieuse à la réunion puisque l’on ne parle plus uniquement de diplomatie, mais également de sécurité nationale, de protection du territoire et d’anticipation des menaces.
Chapitre 3 — La Russie, l’Ukraine et les « menaces hybrides »
Emmanuel Macron aborde ensuite la guerre en Ukraine et ce qu’il présente comme une intensification de la menace hybride russe contre l’Europe et la France. Il évoque notamment les risques d’attaques informatiques, d’actions visant les infrastructures critiques, d’attaques par drones et d’ingérences étrangères.
Il indique avoir demandé au gouvernement de préparer un plan destiné à renforcer la protection des infrastructures critiques et des sites sensibles français, notamment ceux liés à l’industrie de défense.
C’est ici que je souhaite apporter une première nuance importante. Une « attaque hybride » ne signifie pas uniquement une attaque avec des drones. Cela peut comprendre des cyberattaques, du sabotage, des opérations clandestines, des ingérences ou encore des campagnes de désinformation.
Mais toutes les cyberattaques qui frappent la France ne viennent évidemment pas de Russie. Nous avons également connu des affaires impliquant de jeunes hackers français ayant attaqué ou compromis des sites publics français. De la même manière, la désinformation n’est pas exclusivement étrangère.
De fausses informations peuvent être créées ou relayées en France par des citoyens, des comptes sur les réseaux sociaux, des influenceurs, des responsables politiques ou même parfois par des médias lorsqu’une information insuffisamment vérifiée est reprise et amplifiée.
Cela ne signifie pas que les opérations russes documentées n’existent pas. Cela signifie simplement qu’il faut éviter de mélanger toutes les formes de cybercriminalité, de désinformation et d’ingérence sous une même origine. Lorsqu’une attaque est attribuée à un État étranger, j’attends donc que cette attribution repose sur des éléments précis.
Chapitre 4 — La réponse française face aux menaces
Emmanuel Macron explique ensuite que la France doit renforcer sa capacité à se protéger face à ces nouvelles formes de menaces.
Cela concerne notamment les infrastructures stratégiques, les réseaux, les installations sensibles et les entreprises participant à l’industrie de défense.
Le raisonnement est préventif : il ne dit pas qu’une attaque particulière va nécessairement avoir lieu, mais considère que l’évolution du contexte international oblige la France à renforcer sa protection.
Je peux parfaitement comprendre que l’État protège ses infrastructures. C’est même son rôle. En revanche, lorsqu’on présente publiquement des menaces aussi importantes, il faut selon moi distinguer clairement ce qui constitue une menace identifiée, ce qui constitue un risque potentiel et ce qui relève simplement de mesures de précaution.
Et c’est précisément là que j’ai un problème avec la manière dont cette menace est présentée. Depuis quatre ans, je n’ai personnellement pas vu à la télévision d’attaque militaire russe menée sur le territoire français. En revanche, les Français sont quotidiennement confrontés dans l’actualité à des agressions, des meurtres, des viols, des affaires de pédocriminalité, des trafics et différentes formes de criminalité impliquant des auteurs aussi bien français qu’étrangers.
Je ne dis pas pour autant que la menace russe n’existe pas. Les autorités françaises ont effectivement documenté des cyberattaques et des opérations d’ingérence attribuées à des acteurs liés à la Russie. Mais une cyberattaque, une opération de désinformation, une tentative d’espionnage, un sabotage et une attaque militaire sur le territoire français ne sont pas la même chose et ne devraient pas être confondus dans l’esprit du public.
C’est cette proportion dans le discours qui m’interroge. Lorsqu’on parle de protéger les Français, j’attends que l’on parle de l’ensemble des menaces auxquelles ils sont confrontés, qu’elles viennent de l’étranger ou qu’elles existent déjà à l’intérieur de notre pays.
Je ne demande pas que l’on minimise une menace étrangère lorsqu’elle est documentée. Je demande simplement que chaque danger soit présenté pour ce qu’il est réellement, avec des faits, son niveau de gravité et sa probabilité, sans créer chez les Français l’impression qu’une attaque russe sur notre territoire serait imminente si les éléments disponibles ne permettent pas de l’affirmer.
Chapitre 5 — Moyen-Orient, énergie et prix des carburants
Emmanuel Macron passe ensuite à la situation au Moyen-Orient. Il explique que les conflits en cours et les perturbations de la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz ont provoqué des tensions importantes sur les marchés de l’énergie, notamment sur le pétrole, le diesel et le gaz.
Il explique que ces conséquences internationales peuvent toucher directement les Français à travers l’augmentation des prix.
C’est là que je m’interroge sur les solutions nationales. Si une crise internationale entraîne une augmentation importante du carburant, pourquoi ne pas envisager temporairement une diminution de certaines taxes ?
La France ne contrôle évidemment ni le prix mondial du pétrole ni la situation dans le détroit d’Ormuz. En revanche, l’État français conserve des leviers sur la fiscalité appliquée en France.
Pourquoi ne pas également demander aux grands groupes pétroliers et distributeurs de participer à cet effort, notamment à travers des mécanismes temporaires permettant de limiter les prix ?
Si l’objectif du président est également d’éviter que les difficultés économiques ne provoquent davantage de colère sociale, agir temporairement sur ce que l’État peut réellement contrôler me semblerait au moins devoir faire partie du débat.
Chapitre 6 — Les 80 % de gaz et la sécurisation des approvisionnements
Emmanuel Macron explique ensuite que la France travaille à sécuriser ses approvisionnements énergétiques, notamment en diesel, carburant aérien et gaz.
Il indique que les capacités françaises de stockage de gaz se situent autour de 80 %.
Il faut cependant comprendre ce chiffre correctement. Cela ne signifie pas que la France possède 80 % de tout le gaz dont elle aura besoin pendant l’hiver. Il s’agit du taux de remplissage de ses capacités de stockage. La France doit continuer à importer et à consommer du gaz parallèlement.
Mais si nos stocks sont considérés comme étant à un niveau satisfaisant, il faut également le dire clairement aux Français.
Dans le même temps, nous avons actuellement des mouvements de protestation liés au prix du carburant, notamment chez les pêcheurs, avec des actions qui peuvent toucher certaines installations ou activités liées aux carburants.
C’est précisément ici que je reviens à ma question précédente : si l’objectif est d’éviter une crise d’approvisionnement, pourquoi ne pas agir temporairement sur certaines taxes afin de diminuer la pression et la colère provoquées par les prix ?
Je m’interroge également sur la stratégie concernant le gaz. Si la France et l’Europe recherchent de nouvelles sources d’approvisionnement, pourquoi exclure par principe une discussion avec la Russie sur cette question ?
Discuter avec Vladimir Poutine ne signifie pas nécessairement être d’accord avec lui. Si l’objectif diplomatique affiché est également de contribuer à mettre fin à la guerre, je m’interroge sur la place laissée au dialogue direct.
Et si des sanctions, des décisions européennes ou des contraintes juridiques rendent aujourd’hui certaines importations impossibles, alors il faut également l’expliquer clairement.
Enfin, rechercher de nouveaux fournisseurs ne suffit pas : encore faut-il regarder par quelles routes le gaz et les autres ressources énergétiques peuvent effectivement arriver jusqu’en Europe. Si certaines voies maritimes stratégiques sont elles-mêmes affectées par les conflits, déplacer simplement le fournisseur ne règle pas nécessairement le problème.
Chapitre 7 — Le détroit d’Ormuz et la protection de la France
Emmanuel Macron explique ensuite vouloir agir directement sur les causes internationales des tensions énergétiques, notamment en travaillant avec d’autres États à la sécurisation et à la réouverture de la navigation dans le détroit d’Ormuz.
Il présente donc une stratégie diplomatique et internationale destinée à rétablir une circulation maritime plus sûre.
Mais c’est précisément ici que se pose pour moi une question fondamentale : où sont les Français dans ces décisions ?
Le président de la République française est élu par les Français et sa première responsabilité est, à mes yeux, de protéger la France et ses citoyens.
Emmanuel Macron se réclame régulièrement de l’héritage gaulliste. Pourtant, j’ai personnellement du mal à retrouver l’idée d’indépendance nationale que j’associe au gaullisme lorsque la réponse européenne revient constamment dans les solutions proposées.
Pour moi, l’Europe doit constituer un plus pour les pays qui la composent et non devenir un moins. Un président français élu par les Français doit défendre en priorité les intérêts de la France, tout en pouvant évidemment travailler avec ses partenaires européens et internationaux.
Je ne prétends pas qu’aucune action diplomatique n’est entreprise concernant le détroit d’Ormuz. Des initiatives existent. Ma question concerne plutôt la manière dont ces décisions importantes sont prises.
Quelles sont exactement les solutions proposées ? Jusqu’où la France souhaite-t-elle s’engager ? Quelles peuvent être les conséquences économiques, diplomatiques ou éventuellement militaires ? Et surtout, quelle place reste-t-il à la consultation des citoyens lorsqu’il s’agit de décisions majeures concernant notre souveraineté, notre énergie et notre sécurité ?
Je ne prétends pas qu’un référendum devrait être organisé pour chaque décision diplomatique. Mais lorsque des orientations importantes peuvent engager durablement le pays, je pense que la question de la consultation populaire mérite au moins d’être posée.
Chapitre 8 — Coordination européenne et internationale sur l’énergie
Emmanuel Macron explique vouloir agir avec les partenaires internationaux pour faire face aux tensions énergétiques. Il évoque notamment une coordination avec le G7 ainsi qu’une action au niveau de l’Union européenne concernant les approvisionnements et les stocks de gaz.
Mais quelques minutes auparavant, il vient justement de nous expliquer que la France dispose d’un niveau de stockage proche de 80 %.
Ces 80 % ne représentent évidemment pas 80 % de notre consommation annuelle. Ils correspondent au remplissage de nos capacités de stockage. Mais ce niveau reste important.
Alors pourquoi ne pas expliquer immédiatement aux Français ce que représente réellement ce chiffre ?
Je ne dis pas qu’il ne faut rien anticiper. Au contraire, anticiper fait partie du rôle du gouvernement. Mais anticiper une éventuelle difficulté et être confronté à une pénurie sont deux situations complètement différentes.
Lorsqu’on s’adresse à une population déjà inquiète et en colère, les mots ont leur importance. Présenter les risques est nécessaire, mais présenter en même temps les éléments rassurants l’est tout autant.
Sinon, le citoyen entend successivement parler de guerre, de menaces, d’énergie, de stocks et d’hiver sans nécessairement disposer des éléments lui permettant de mesurer le risque réel.
Chapitre 9 — Aides publiques, taxes et dépenses politiques
Emmanuel Macron reconnaît ensuite les conséquences de l’augmentation des prix de l’énergie sur les Français et renvoie au gouvernement la responsabilité de réfléchir aux dispositifs permettant d’aider les personnes et les professions les plus touchées.
Il rappelle également l’état difficile des finances publiques françaises.
C’est probablement l’un des passages qui me laisse le plus perplexe.
On prélève de l’argent auprès des Français par les impôts et les taxes puis, lorsque les prix deviennent insupportables, on reprend de l’argent public pour le redistribuer sous forme d’aides à certaines catégories de Français.
Je comprends parfaitement la nécessité d’aider en urgence ceux qui se retrouvent véritablement en difficulté. Mais je m’interroge sur la logique générale du système.
Pourquoi ne pas agir directement, même temporairement, sur certaines taxes qui composent le prix du carburant ? Cela permettrait aux consommateurs concernés de constater immédiatement la diminution à la pompe, sans devoir créer de nouvelles aides et déterminer ensuite qui y a droit et qui n’y a pas droit.
Et lorsqu’on invoque l’état des finances publiques pour expliquer que les possibilités sont limitées, j’estime que l’exemplarité du monde politique devrait également entrer dans le débat.
Pourquoi ne pas examiner les frais de fonctionnement, dotations, remboursements et différentes dépenses concernant les responsables politiques et les institutions ?
Je ne prétends évidemment pas que leur diminution permettrait à elle seule de financer une baisse nationale importante des taxes sur les carburants. Les montants ne sont pas du même ordre. Mais il existe également une question d’exemplarité.
Lorsque l’on demande des efforts à la population parce que les finances publiques sont mauvaises, commencer par examiner ses propres dépenses me semblerait logique.
Ce qui me dérange n’est donc pas le principe d’aider ceux qui en ont besoin. C’est que l’on semble présenter essentiellement deux possibilités : subir l’augmentation ou recevoir une aide lorsque l’on remplit certains critères.
Il existe pourtant une troisième piste : agir temporairement sur la fiscalité elle-même tout en recherchant parallèlement des économies dans les dépenses publiques.
Peut-être que ce raisonnement paraît trop simple. Mais parfois, avant de prendre de l’argent pour ensuite en redistribuer une partie, on peut au moins se demander s’il n’existe pas des circonstances exceptionnelles dans lesquelles il serait possible d’en prélever temporairement moins.
Chapitre 10 — Une conclusion qui, à mes yeux, entretient encore l’inquiétude
Emmanuel Macron termine cette partie de son intervention en insistant sur la gravité de la situation internationale, sur la nécessité d’anticiper et sur les conséquences que les crises extérieures pourraient avoir sur la France.
En langage beaucoup plus simple, son message pourrait se résumer ainsi : la situation internationale est instable, personne ne peut garantir son évolution et certaines crises extérieures pourraient avoir des conséquences en France ; il faut donc se préparer avant qu’elles ne surviennent.
Mais il faut être précis : il ne dit pas qu’une guerre va arriver en France. Il n’annonce pas non plus qu’une pénurie de gaz ou de carburant est certaine cet hiver.
Il parle de risques et d’anticipation.
Pour autant, personnellement, je termine cette partie du discours avec une impression désagréable : celle d’un discours qui finit encore par installer de la peur et du doute.
Depuis le début, nous avons entendu parler de guerre en Ukraine, de Russie, de cyberattaques, de drones, de menaces contre nos infrastructures, de Moyen-Orient, du détroit d’Ormuz, de carburants, de gaz, de stocks et maintenant de la nécessité de préparer la France aux semaines et aux mois à venir.
Pris individuellement, chacun de ces sujets peut parfaitement justifier une vigilance de l’État. Mais leur accumulation dans un même discours produit nécessairement un message extrêmement anxiogène.
Je ne peux pas affirmer qu’Emmanuel Macron cherche volontairement à faire peur aux Français, car cela reviendrait à lui prêter une intention que je ne peux pas démontrer.
En revanche, je peux dire ce que ce discours provoque chez moi : il entretient l’incertitude.
Et c’est justement pour cette raison que je veux regarder chaque affirmation séparément. Lorsqu’on nous parle d’un risque, regardons son niveau réel. Lorsqu’on nous parle du gaz, regardons réellement nos stocks. Lorsqu’on nous parle de pénurie, regardons la situation des approvisionnements. Lorsqu’on nous parle de cyberattaques russes, distinguons celles qui sont effectivement attribuées à la Russie de celles qui ne le sont pas.
Anticiper les risques est le travail d’un président et d’un gouvernement. Informer clairement la population l’est également.
Entre cacher un danger et présenter continuellement les scénarios les plus inquiétants, il existe une troisième voie : donner aux Français les faits, les chiffres, les risques réels et les solutions envisagées afin que chacun puisse comprendre la situation et se faire sa propre opinion.
Pour conclure
Et pour terminer, il me semble qu’être président de la République, ce n’est pas seulement gouverner, décider, anticiper ou avoir fréquenté les grandes écoles. C’est aussi savoir écouter le peuple et agir au mieux dans son intérêt.
Aucun diplôme, aucune fonction et aucune expertise ne devraient faire oublier une chose pourtant essentielle : un président est élu par le peuple, pour le peuple, et il devrait gouverner avec lui plutôt que sans lui.
C’est peut-être finalement cela qui me manque le plus dans ce discours : entendre les préoccupations des Français d’aujourd’hui autant que les menaces possibles de demain.