27/09/2026
Nous avons déjà évoqué Blue Pill de Hari Kunzru à plusieurs reprises dans différents posts, mais il serait vraiment dommage de ne pas parler un peu plus de ce livre tellement réussi.
Le début de l'histoire: un écrivain new-yorkais est invité dans une résidence en Allemagne pour écrire son essai sur la poésie Dès les cinq premieres pages on comprend que ce roman ne va pas être une méditation d'un écrivain sur son sort.
Très vite, la convivialité allemande va se transformer en cauchemar pour cet écrivain qui ne trouvera comme mode de résistance au contrôle de l'institution et aux sarcasmes de ses voisins de tables, de s'enfermer dans sa chambre pour bingewatcher une série policière ultraviolente...jusqu'à l'obsession. Son sens aigu des relations de pouvoir se transforme peut-être ou peut-être pas en une cinglante paranoïa lorsqu'il rencontrera le réalisateur de la série, qu'il accusera de propager volontairement la suprématie blanche et la loi du plus fort comme horizon désirable et réaliste à la société occidentale.
En plus d'être drôle, précis, complexe et surprenant dans les relations humaines, ce roman que l'on lit facilement d'une traite développe de manière très singulière ce que peut vouloir dire de percevoir la menace fasciste via nos écrans, via nos habitudes perceptives et de vouloir s'y opposer avec nos certitudes politiques et sensibles sans échapper à l'obsession. Il charrie extrêmement bien les possibles impasses du progressisme sans jamais céder à un discours réactionnaire, et nous met dans une ambiguïté affective jusqu'à la dernière scène du livre : de retour à new-york, plus ou moins sous tutelle psychiatrique, il retrouve ses amis proches et sa femme, fervents supporters de Clinton, pour assister en direct à leur débâcle surprise: la première victoire de Trump.