09/09/2026
Attention, roman irradiant!
C’est une famille vaste, toute une constellation de frères, de tantes, d’aïeux, de cousins.
Proche ou éloignée, la famille fait corps et partage un immeuble cossu au cœur de Paris. On est entre soi, on respire le même air, partage l’espace, les relations, les bonnes écoles. Les destins sont tôt tracés – l’excellence, évidemment. La noblesse ne vient pas du sang, pas même de l’argent, mais de la culture: "c’est gratuit, c’est sans prix, ça ne peut pas se vendre, pas se céder, ni s’acheter, on s’en imprègne lentement, on cuit dedans, ça nous distingue".
C’est une famille toute de convenances que raconte Anne Godard dans "Nous aussi" (Actes Sud). Une famille comme un vaste ensemble organique, un "on" obsédant, on-cocon et on-prison. Ce "on" entêtant est la charpente du livre. Il lui donne son rythme et son ton très singulier, transformant la lecture de "Nous aussi" en une expérience littéraire dense et envoûtante.
Quel privilège de connaître cela, une famille où tout semble aller de soi. Où tout semble solide, assuré, destiné à durer. "On n’a pas besoin de s’aimer, on s’appartient".
Et pourtant.
Vient le moment où l’enfance est passée. On dit encore on, mais ce on est comme fissuré. D’où vient ce manque d’air, cette quête d’autre chose – quoi ?, cette insatisfaction ? Où s’origine "le double fond de nos vies dissociées"? Après une enfance noyée dans le collectif, comment devenir soi et où trouver les mots pour tenir tête à l'indicible?
Anne Godard écrit au bord du vide. Le contraste entre l’économie de moyens – peu de mots mais si choisis, des chapitres brefs qui tiennent en haleine, des changements de focale presque imperceptibles mais incroyablement subtils – et la tension qu’elle installe chez le lecteur est époustouflant et fait de "Nous aussi" un grand, très grand moment de littérature.
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Actes Sud