24/06/2025
TITRE: LETTRE FATALE DE SORAYA
AUTEUR :MOUSTAPHA ZEBA
Avec Lettre fatale de Soraya, sa deuxième œuvre littéraire, Moustapha ZEBA, juriste et conseiller matrimonial, nous offre un récit aussi bouleversant qu’engagé. En 167 pages réparties en huit chapitres, il raconte le destin tragique de Soraya, jeune fille brillante et intègre, confrontée à une société cruelle envers les femmes et impitoyable envers les plus vulnérables.
Soraya est décrite dès les premières lignes comme une jeune fille studieuse, belle, bien éduquée, passionnée par la lecture et la danse. Elle vivait paisiblement avec ses parents dans le village de Filili, jusqu’à l’arrivée des « forces du mal », un groupe de malfaiteurs qui bouleverseront à jamais l’équilibre du village. Ces derniers détruisent tout sur leur passage, forçant les habitants à fuir vers des centres d’accueil. C’est dans l’un de ces centres que Soraya convainc son père de la scolariser.
Déterminée et persévérante, elle entame un parcours scolaire exemplaire jusqu’à l’obtention de sa licence en lettres à l’âge de 23 ans. Mais, comme tant d’autres diplômés sans réseau ni fortune, elle se heurte à un mur : celui du manque d’expérience exigé par les employeurs, des garanties demandées par les banques, et du népotisme qui règne dans les recrutements. Elle tente malgré tout de se former davantage, mais se retrouve sans travail ni perspectives. Dans cette impasse, commence une autre pression, plus intime : celle du mariage.
Au chapitre 4, Soraya entre dans une nouvelle phase de tourments. Son père lui fait comprendre que, pour préserver l’honneur de la famille, elle doit impérativement trouver un mari. Elle n’est pas mariée de force, mais contrainte par l’urgence sociale et familiale. Dans cette quête imposée, elle bénéficie du soutien de sa mère, qui, selon les mots de l’auteur, est prête à abandonner sa propre dignité pour protéger sa fille. Malgré cette solidarité, la première histoire d’amour de Soraya avec Franck se solde par un abandon. Franck refuse de s’engager dès lors qu’elle lui parle de mariage.
Après cette désillusion, elle rencontre Salam, un homme d’affaires. Le coup de foudre est immédiat, les mots sont doux, les promesses infinies. Ils se marient officiellement, mais le jour même, Soraya découvre qu’il a déjà deux enfants, un détail qu’il avait omis de mentionner. Par amour, ou par peur du scandale, elle décide de rester et d’endurer.
Les premières semaines du mariage sont paisibles. Puis, la grossesse et la naissance du bébé marquent un tournant. Salam change brutalement : il devient distant, brutal, infidèle. Soutenu par son propre père, il maltraite Soraya en toute impunité. Pire, Soraya se retrouve seule, même face à son propre père, incapable de la défendre. Ici on peut poser cette question troublante : pourquoi tant d’indifférence envers les souffrances des femmes, même dans leur propre famille ?
Le calvaire se poursuit. Soraya tombe enceinte une seconde fois. Salam, qui ne s’approche d’elle que pour assouvir ses désirs, la rejette lorsqu’elle refuse un soir en raison de douleurs menstruelles. Elle est battue, humiliée, et prend alors la décision de fuir avec sa fille Amdia. Mais le destin s’acharne.
Sur le chemin du retour vers ses parents, une pluie diluvienne emporte sa fille dans un bas-fond. Dans la foulée, elle perd le bébé qu’elle portait. Quelques jours plus t**d, sa mère meurt, incapable de supporter le chagrin. Sa grand-mère aussi décède, dans des circonstances floues mais profondément liées à ces tragédies. Plus t**d, c’est son père qui s’éteint à son tour. Soraya, accablée par le sort, perd tout ce qu’elle a de plus cher.
L’État intervient, retire la garde de la petite Amdia à Soraya pour la confier à une famille adoptive au Canada. Isolée, brisée, Soraya découvre qu’elle est atteinte d’un cancer du sein, diagnostiqué trop t**d à cause de la maltraitance subie. Dans les dernières pages, elle s’adresse tour à tour à Franck, son premier amour qui l’a trahie ; à Salam, l’homme qui a détruit sa vie ; et à sa fille Amdia, à qui elle raconte tout avec une dignité bouleversante.
À travers cette œuvre, Moustapha ZEBA dresse le portrait poignant d’une femme broyée par un système patriarcal, la misère sociale, et l’indifférence familiale. Mais Lettre fatale de Soraya est bien plus qu’un récit de souffrance : c’est un plaidoyer pour la dignité humaine, un appel à la compassion, au respect des femmes et à la solidarité.
Le livre regorge de réflexions profondes, de citations marquantes, de conseils judicieux. À la page 99, l’auteur insiste sur l’importance de la lecture pour les enfants. Il évoque aussi les méfaits de la violence conjugale devant les enfants, les dangers de la drogue et du sexe en milieu scolaire, et l'importance de l’amour sincère dans les relations.
Enfin, ZEBA invite à ne jamais s’engager dans une relation sans amour, à faire preuve de compassion, à promouvoir l’entraide, à transmettre le pardon et l’humilité. Ce roman, écrit avec le cœur, est un miroir douloureux de nos sociétés, mais aussi un appel vibrant à changer les choses.