08/29/2026
Chronique : Autochromes - Autochromes
★ Loin de la musique de Truc-Machin ★
Il y a beaucoup de talent au Québec, et ce, dans tous les domaines. Entre autres dans la scène musicale. Or, l’un des commentaires que j’entends le plus souvent des mélomanes est que dans la belle province, il n'y a que des chanteurs-compositeurs-interprètes qui font dans le folk-chansonnier. On en a l’impression, en effet. Mais c’est surtout que le genre est priorisé et diffusé exagérément par les médias traditionnels ce qui occulte les artistes alternatifs. Cependant, il y a plusieurs découvertes à faire dans divers styles. Si on se donne la peine de chercher un peu, on peut faire de belles trouvailles comme celle-ci, juste icitte : Autochromes. Juste icitte parce que la formation est originaire de la région, oui oui !
Donc Autochromes ne fait pas dans le folk-chansonnier-truc-machin. Il fait plutôt dans le shoegaze-ethereal-patente-bidule et en français de surcroît. Alors là, on a affaire à un spécimen assez singulier… ou assez distinct pour faire plus québécois.
Dès la première note, on sait que le coup de pied au cul s’en vient et il arrive bien avec la première frappe de baguette à 10 secondes sur Pad Thaï avec son refrain au beat cassé, donc, on se rend vite compte que ce shoegaze sera davantage rock que planant et que les musiciens ne doivent pas passer le show la tête basse à fixer les lacets de leurs Doc pour voir s’ils ne se détacheraient pas dû aux vibrations.
D’ailleurs, parlant de « beat cassé », tout au long de l’album, Joska, le batteur, ne cesse de nous surprendre avec ses passes « drumatiques ». Je crois que ça s’appelle des breaks ou des cassures dans le jargon des musiciens ? Bref, à son jeu, on sent vraiment l’expérience du grand gaillard qui a fait partie de projets et groupes industriels autant que métal dans le passé (d'ailleurs, la pièce Hyatus frôle le métal). J’imagine que ceci explique cela…
Mais qu’est-ce qui fait que cette bibitte est à ce point dans la marge même des autres artistes shoegaze ? Eh bien, la chanteuse Christine a un style très émotif, ce qui change des vocalistes ethereal qui ne font que des ouhhhhh ouhhhhh… du début à la fin de leur galette sur un bruit de balayeuse en croyant que ça donnera un effet atmosphérique. Puis ce bourdonnement typiquement shoegazien et cette distorsion mesurée des guitares autant que cette basse qui prédomine sur certains titres n’enterre guère la voix douce de la dame ; gros plus.
Au fait, l’autochrome, c’est quoi ? En gros, c’est un procédé photographique qui utilise un filtre composé de minuscules grains colorés en RGB pour produire une image en couleur (voir la pochette). Et c’est ce dont on a l’impression en écoutant l’album ; des sons existants sont filtrés pour en « resaturer et reteinter » la scène musicale québécoise. Ça nous change vachement du chansonnier mélancolique Truc-Machin qui, à la guitare sèche, nous rabâche encore qu’il ne veut pas vieillir après avoir copié les paroles de Chose-Cossin.
Donc voilà, si on se donne la peine de chercher, juste un peu, on trouve. On trouve du différent et de l’alternatif avec des projets comme Autochromes qui nous souffle un véritable vent de fraîcheur et qui, de par son filtre d’idées, nous colore le paysage de cette scène musicale. Mais bon, assez pour ces tentatives de poésie. Je vous laisse aller découvrir les couleurs du premier effort du quintette tout en gardant l’esprit ouvert. Car faire le contraire serait d'être daltonien par mauvaise foi…
- Dario
Petite note : puisque c'est un groupe talentueux de la région, j'ai voulu publier cette chronique sur notre page même si cet album n'a pas encore été pressé sur vinyle, ni gravé sur CD. Lorsque qu'un média physique sera disponible, nous l'aurons en magasin. En attendant, vous pouvez entendre l'album sur Bandcamp, Spotify et YouTube Music. Bonne écoute !