08/04/2026
Justice pour toutes les victimes de ces atrocités et que cela cesse
La semaine dernière, je suis tombée sur une vidéo montrant l’agre.ssion se.xuelle d’une femme aux cascades de Banfora. On la voit se débattre, au milieu d’une foule d’hommes qui se ruent sur elle comme des enfants se jetant sur un gâteau. J’ai été profondément dégoûtée, et un certain nombre de commentaires sous la vidéo étaient tout aussi révoltants. J’ai lu entre autres :
« N’est-ce pas un choix ? »
« Que faisait-elle là ? »
« Elle ne se respecte pas… Sinon, voit-elle une autre femme dans l’eau ? Pourquoi est-elle la seule à être là ? »
(Je précise que je détiens les captures de tous ces commentaires.)
Cette vidéo m’a rappelé le v.iol suivi du meur.tre de la petite Divine, où les mêmes questions absurdes ont été posées : « Que faisait-elle dans cet immeuble ? » « Comment était-elle habillée ? Peut-être a-t-elle provoqué cet homme… » Oui, nous parlons ici d’une fillette de 11 ans.
Et puis, ça m’a rappelé un souvenir effrayant qui m’a enlevée l’envie de courir seule en plein air. Il y a de longues années, vêtue d’un survêtement gris, j’étais sortie au crépuscule pour un simple jogging, juste pour prendre l’air. Quelques mètres plus loin, au détour d’un couloir, je me suis retrouvée face à une bande d’adolescents (il devait y en avoir au moins dix et j’étais de loin plus vieille qu’eux).
Il se dégageait d’eux une malveillance que je ne saurais expliquer, mais je compris immédiatement que j’étais en danger. Je n’avais rien sur moi, pas même un téléphone. Juste mes baskets et mon survêtement. Instinctivement, je balayai l’environnement, mais il n’y avait qu’eux et moi. Je fis un pas en arrière, espérant les contourner mais ils foncèrent vers moi, murmurant entre eux, comme si quelque chose se décidait sans moi… je me demandais ce qu’ils me voulaient.
Soudain, j’entendis un vrombissement de moto, puis je vis une lumière… la lumière vive du phare d’une moto qui se posa sur moi. J’eus l’impression de voir un ange… « Que faites-vous ?! Dégagez !!! » La moto n’avait pas encore ralenti que le groupe s’éparpilla. Mes mains étaient moites et mes jambes faibles. « Grande sœur, vous allez bien ? » C’était Isma, un ami de mon petit frère. Il me raccompagna à la maison. Mon frère, rouge de colère, sortit avec ses amis. Les choses ne pouvaient pas en rester là… ils voulaient en découdre.
Depuis ce jour, peu importe où je me trouve, je ne m’aventure plus seule dans une rue.
Des années plus t**d, je suis ressortie. Une seule fois. Cette fois, accompagnée de mon boerboel aux crocs acérés.
Oui, les gens restaient à bonne distance de moi. Ce soir-là, j’ai pu sentir la peur dans les rues, mais celle-ci ne venait pas de moi. J’étais en sécurité, mais seulement parce que je tenais une laisse dans mes mains.
J’ai réalisé amèrement une chose : je n’étais plus dans la rue pour courir… J’étais là pour me défendre.
Et ça, ce n’est pas une vie.
Je n’irais même pas marcher seule au parc, car je me souviens de ces deux demoiselles qui y ont été abusées. Et avec le temps, j’ai compris que si le pire m’était arrivé ce fameux soir, j’aurais eu droit aux mêmes questions que toutes les autres : que faisait-elle là ? Pourquoi fait-elle du sport ? Pourquoi veut-elle prendre l’air ? Comment était son survêtement ?
Parce que oui, on trouve toujours un moyen de justifier les atrocités subies par les filles et les femmes. Mais la place publique appartient à tout le monde. Les cascades appartiennent à tous et sont ouvertes à tous. Les parcs, les rues, l’air lui-même… tout cela est aussi fait pour nous, femmes. Cette femme qui se fait agre.sser sur un site touristique a sa place dans l’eau. Elle a le droit de se baigner, car elle est citoyenne, humaine, au même titre que les hommes présents.
Si un homme peut entrer dans une eau pleine de femmes sans crainte et qu’une femme ne le peut pas, le problème n’est pas elle. Le problème est dans le rang des hommes. Nous le répéterons aussi fort et aussi longtemps qu’il le faudra, jusqu’au jour où nous pourrons nous mouvoir en toute liberté sans l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de nos têtes. Le monde est aussi fait pour les femmes. Elles ont le droit d’en j***r pleinement, librement et sans peur.
Yenoudié Rébéka Roxane Soukaïna LANKOANDÉ