20/11/2021
🔴 Les députés algériens ont voté officiellement pour l’adoption du fameux article 187 du projet de loi de finances 2022.
● Cet article glissé dans l’ensemble du texte présenté par le gouvernement algérien dans le cadre de la Loi de Finances 2022 permet officiellement la levée des subventions sociales financées par l’Etat algérien au profit de tous les produits de première nécessité afin de permettre leur accès à toutes les franges de la société algérienne.
C’est un virage historique qui a été opéré sans aucun débat, sans aucune discussion préalable et sans associer des experts nationaux sur les mécanismes qui seront mis en place pour gérer cette suppression des transferts sociaux en Algérie. Il s’agit tout de même d’un budget annuel qui est évalué entre 14 jusqu’à 17 milliards de dollars. Grâce à cet argent public, les Algériens peuvent consommer à des prix abordables et accessibles à toutes les bourses y compris les plus modestes 12 produits de large consommation qui sont : pain, semoule, farine, lait en sachet, huile de soja, eau potable, essence, diesel, GPL, gaz butane, électricité et gaz de ville.
Ces produits n’ont jamais été payés en Algérie à leur juste valeur en raison de leurs coûts de revient très élevés qui s’expliquent essentiellement par les frais en devises de leurs importations à l’étranger puisque la majorité de ces produits ne sont pas conçus en Algérie ou leur production nationale nécessite de nombreux intrants importés depuis l’étranger.
Ainsi, du jour au lendemain, sans aucune consultation préalable de l’opinion publique, à savoir des Algériennes et Algériens, l’Etat algérien va supprimer les subventions généralisées des produits de base. Les députés algériens qui ont critiqué l’article 187 de ce projet qui prévoit la révision du système des subventions lors des débats, ont finalement voté hier mercredi 17 novembre à la majorité en faveur de son maintien : seulement 71 voix contre sur les 407 membres siégeant à l’Assemblée.
En introduisant cette disposition, le gouvernement algérien a mis en avant le fait que « les subventions ne bénéficient pas aux nécessiteux ». D’accord, mais a-t-on préparé les Algériennes et les Algériens à cette nouvelle configuration du champ socio-économique de leur pays ? Autrement dit, a-t-on préparé au moins une alternative qui permettra aux plus pauvres et fragiles des Algériens de continuer à consommer du lait, du pain ou de l’électricité à des prix qui sont à leur portée ? Aussi incroyable que cela puisse paraitre, le gouvernement algérien n’a encore préparé aucune feuille de route dans ce sens.
Pour l’heure, les dirigeants algériens se contentent uniquement de formuler des promesses pour rassurer les citoyens inquiets et abandonnés à leur triste sort face à la galopante et terrifiante cherté de la vie.
Non, ce n’est pas une blague : l’Etat algérien a décidé de mettre fin aux subventions sociales des produits de base sans élaborer aucune solution de rechange à travers un plan d’action concret permettant de protéger les plus faibles et nécessiteux.
Concrètement, aucune instance gouvernementale n’a préparé des prévisions pour nous annoncer quels seront les futurs prix de la la baguette de pain vendue durant de nombreuses années, pour ne pas dire des décennies, au prix subventionné de 10 dinars, et personne ne sait jusqu’à aujourd’hui quel sera le nouveau prix du sachet de lait vendu jusque-là 25 Da.
Pour le moment, seul un comité de pilotage interministériel a travaillé depuis 2020 sur la question d’un mécanisme qui viendra remplacer les subventions généralisées. Et pour l’heure, tout ce qu’on sait des propositions formulées à propos de mécanisme, le gouvernement algérien espère mettre en place un dispositif qui consiste à procéder au versement d’une compensation pécuniaire proportionnelle pour les revenus inférieurs à 120.000 dinars mensuels.
En clair, les algériens qui touchent moins de 120 mille Da par mois toucheront des compensations financières pour leur permettre d’acheter ou de consommer les 12 produits de base qui seront commercialisés à leurs véritables prix, des tarifs qui reflèteront leur réelle valeur commerciale et économique.
Mais pourquoi ce seuil de 120 mille Da lorsqu’on sait que le salaire moyen algérien tourne à peine autour de 41.000 DA par mois ? Si on applique réellement cette classification, on risque de conclure que la majorité écrasante des salariés algériens, au nombre de 11,281 millions de personnes, sont des pauvres qui devraient toucher les fameuses nouvelles compensations financières. Concrètement, il n’y a que dans le secteur des hydrocarbures où le salaire moyen des cadres et travailleurs de Sonatrach tourne autour de 106.200 DA.
Quelles sont les économies que le gouvernement algérien va engranger s’il redistribue les 14 milliards de dollars, dépensés jusque-là par an pour soutenir les prix des produits de base, au profit de tous les 11,3 millions de travailleurs algériens ? La réponse semble évidente à moins que l’Etat algérien souhaite leur verser une pension symbolique qui leur permettra à peine acheter un peu de pain par mois.
Autrement dit, l’Etat algérien ne dispose d’aucune stratégie clairvoyante car il n’a pas du tout préparé le terrain à la levée des subventions sociales laquelle intervient dans un contexte de grave crise financière et économique provoquant un appauvrissement de plus en plus important de la population algérienne.
Le démantèlement aveugle du dispositif de subventions devait être compensée par une économie prospère permettant d’élever le niveau des salaires des Algériens et de renforcer leur pouvoir d’achat pour qu’ils puissent enfin consommer les produits de base à leur juste valeur. Mais supprimer les transferts sociaux en laissant le peuple algérien livré à lui-même face au marasme économique et financier général paralysant en ce moment le pays, cela revient à le condamner à une paupérisation généralisée et accélérée. C’est une terrible erreur qui risque de saper la stabilité du pays. ✍🏻 Algérie-Part / 19 Novembre 2021
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