19/07/2025
Mon cocon fragile, ma poésie silencieuse
Il fut un temps — pas si lointain — où la maladie avait mis mon corps en veille. Un entre-deux étrange, suspendu, dans lequel le monde extérieur semblait tourner sans moi. Mais dans ce silence imposé, quelque chose s’est allumé. Non pas un sursaut, mais une lumière intérieure, discrète et tenace.
J’avais du temps.
Et ce temps, au lieu de le fuir, je l’ai habité.
Je me suis mise à créer. À chiner. À contempler.
Et petit à petit est née mon auto-entreprise de brocante, plus artistique qu’économique, plus sensible qu’ambitieuse.
Je ne vendais pas juste des objets.
Je racontais des histoires.
Je faisais des mises en scène dans mon salon, ma chambre, mon jardin parfois.
Et dans cette maison — que je ne trouve pas toujours belle, pas toujours à la hauteur de mes rêves — je suis parvenue à en extraire des fragments de beauté.
Des angles. Des lumières. Des compositions photographiques presque accidentelles, mais chargées de sens.
Chaque cliché devenait une fenêtre.
Non pas vers l’extérieur, mais vers ce que je voyais en moi.
Il y avait dans ces objets trouvés une forme de consolation :
- Un vase ancien devenait refuge.
- Un tissu patiné se transformait en douceur.
- Une ombre sur le mur racontait la présence d’un moment.
Je photographiais. Je ressentais.
J’étais dans mon cocon.
Un cocon pas toujours beau, mais vivant.
Et puis, il a fallu reprendre pied dehors. Retrouver une vie sociale, un rythme, une stabilité.
J’ai accepté ce poste dans une école privée — secrétaire comptable.
Un choix responsable, logique.
Mais qui a fait taire cette part de moi.
Je n’ai plus eu le temps.
La brocante s’est éteinte.
Les mises en scène se sont raréfiées.
La photo est devenue souvenir plutôt qu’élan.
Mais parfois, quand je me retrouve seule, je vois un rayon traverser ma fenêtre…
Je prends mon téléphone. Je cadre. Je compose.
Et l’ancienne moi revient.
Celle qui sait voir le beau là où rien ne semble prêt.
Celle qui raconte avec un simple objet, un simple reflet, ce que les mots parfois n’osent dire.
Je ne sais pas si je relancerai cette entreprise.
Mais je sais qu’elle vit encor