30/11/2025
FREEDOM IS NOT FREE
Plus qu'un simple récit d'aventures, "L'endroit du monde" de Kim Pasche est la relation d'une authentique et extraordinaire expérience de féralité humaine. La féralité, c'est ce processus de retour à l'état sauvage d'un animal domestique. Et quel animal plus que l'homme n'a-t-il pas besoin de retrouver sinon ses capacités à la vie sauvage - pour la plupart d'entre nous définitivement perdues - au moins une forme de "pensée sauvage" ou son désir ?
Extraits:
"Maintenant que le voile était tombé, il me semblait voir la mascarade de notre société partout. Une sécurité excessive restreignait notre autonomie au profit d'une dépendance au système. Les airbags, les téléphones portables, la balise RECCO, les diplômes, l'argent,: autant de moyens de nous faire perdre notre acuité naturelle. La société contemporaine voulait se protéger par tous les moyens possibles des maladies en les éradiquant, des dangers de la route en confiant la conduite à l'Intelligence artificielle, prétendument plus compétente qu'un humain... Pour la pensée sauvage, c'était l'inverse: la meilleure façon de se prémunir des aléas de la vie était l'attention portée à toute chose. Car si un individu a l'impression d'être en sécurité, pourquoi resterait-il attentif? J'avais personnellement besoin de me sentir en danger pour que mon attention reste vive. [...] Dans mon quotidien, la vie sauvage me susurrait à l'oreille que le danger et la peur étaient de précieux alliés puisqu'ils nous poussaient à l'excellence. Le monde moderne et ses sécurités semblaient plutôt nous pousser à la médiocrité. [...] Où était passée la confiance en nos capacités?"
"Cette quête [de nos origines sauvages] n'est ni géographique ni temporelle. Je cherche juste à faire corps avec le territoire. Mais comment faire? Est-ce une question d'équilibre entre la connaissance et l'intuition? Quand l'équilibre est spontané, on appelle cela l'instinct. Mais il est rarement inné pour l'humain moderne et souvent parasité par un autre aspect de la connaissance: la prévoyance
Et la prévoyance, si elle n'est pas tempérée par la confiance, nous fait tôt ou t**d glisser vers la prévention, qui est un état sclérosant, pour ne pas dire mortifère. Ici même, si je devais analyser ma situation au regard de la prévention, je ne mettrais plus un pied dehors. Anticiper le pire est une attitude paranoïde, elle rend fou l'homme seul, le pousse à se recroqueviller sur lui-même. En forêt, prudent n'est pas synonyme de prévoyant. La prudence est une lucidité de chaque instant, elle prédispose l'individu, ou le groupe, à éviter spontanément toute situation néfaste.
Et cette capacité de concentration, d'éveil permanent, est rendue possible par la confiance. La confiance c'est le nomadisme du corps et de l'esprit. C'est savoir qu'on peut quitter un point d'eau parce qu'il y en aura un autre plus loin. Ne prélever qu'une branche à la fois pour faire un arc parce qu'on sait qu'en temps voulu, il y en aura d'autres sur son chemin;
Il faut arrêter d'être trop prévoyant. Parce que prévoir, c'est projeter, et que projeter, c'est échapper à l'instant présent."
"L'idée selon laquelle l'habitant des forêts est naturellement enclin , par son mode de vie, à "penser le monde" tels les grands philosophes est probablement un mythe. Cela dit, les forêts et les étendues, immenses, du Grand Nord, impactent profondément le voyageur, devenu pèlerin, tant leur influence sur l'âme est grande. Habité par ces mois de solitude dans les bois, mon être avait suivi la même transformation; je percevais un monde sacré là où je ne voyais auparavant qu'un paysage."
"Les gens des villes sont les premiers à condamner la chasse et la trappe, mais ce ne sont pas les chasseurs ou les trappeurs qui mettent en danger les animaux sur cette planète. C'est le mode de vie moderne et urbain justement!"
"L'origine de l'univers se jouait dans ces quelques instants où à chaque fois la destruction côtoyait la création. La chasse possédait cette magie de faire converger pour un battement de temps les forces opposées et les voir se réunir en une danse céleste."