02/03/2019
Mots de saison.
Masque,
Suspendu sur le mur,
Par un fil de vertu,
De ce fil revêtu,
Quelle histoire t’emmure ?
Tu me regardes ;
Et ton regard vide,
Et ta bouche béante ;
Sur le mur livide,
Forment tâches criantes.
Je t’en prie,
Parle-moi,
Raconte-moi
L’histoire qui te lie.
Quel hôte hébergeas-tu,
Quels accents te créèrent ;
Quel ange vengeas-tu
D’une funeste prière.
Quelle bouche murmura,
Recluse en ton ombre ;
Ce chant qui s’éleva
Offrande en la pénombre.
Masque tu es pluriel,
Que tu sois d’orient, d’occident ;
D’Afrique ou antique,
Funéraire ou initiatique,
De théâtre ou de danse,
Votif ou carnavalesque.
Que tu sois de bois, de cuir ;
En terre ou en tissus,
De carton, de plastique…..
Par tes rictus ou grimaces figées,
Tu nous fais rire, parfois pleurer.
Masques,
Il est un coin de terre,
Tout au nord de la France ;
Un lieu fait de mer,
De sable et puis de vent.
En ce lieu te dis-je,
Au milieu de l’hiver ;
Quand le temps est instable,
Que les nuages sont bas….
Des gens s’y griment, s’assemblent,
Et déferlent en bandes ;
Les hommes s’habillent en femmes,
Et les femmes en hommes ;
Le ridicule fait loi,
La couleur est de règle.
Abrités derrière une forêt de parapluies
Brandis pour défier la pluie ;
Ils chantent à tue-tête,
A s’en rompre la voix ;
S’en péter les poumons
En français, en flamand.
Le fifre les emmène,
Le tambour scande la danse ;
Les cuivres les arrêtent,
Et la marche qui repart !!
Fifres lancinants et troublants.
Au fil des rues, des cafés ;
La soif, la musique,
la fatigue, la bière …
et l’hôte que l’on retrouve,
qui ouvre grande sa porte…
badinage, plaisanterie,
encore chanter…. Hurler, danser.
Tresser, détresser
le passé, le présent
l’instant…
de ceux qui sont,
qui ne sont plus
marins, pêcheurs, corsaires
Manotche et l’oncle Cô
L’Islande, la mort, la misère.
Est-ce alors carnaval
Qui à la bande des pêcheurs fait escale ?
Le soir, quand la nuit sera tombée,
Ils iront sur la place !!
Encore chanter, encore danser.
Au summum de la transe…
Ils pointeront l’index,
Vers le ciel, la statue
De ce royal héros
Dont ils se disent enfants.
Ils iront sur la place,
Et fin saoule de fatigue,
De musique, de bière,
Toujours de danse, de chant…
De dessous leurs chapeaux à fleurs
Regardant les étoiles,
La statue, les étoiles…
Se diront que dans l’outre-ciel
Entre la vie, le firmament ;
Absent pour un instant
De son piédestal ;
Jean Bart les contemple,
Kaléidoscope délirant…
Jean Bart les guide et les mène,
Au combat de leur présent.
Masque,
En cette terre de Flandre,
Entre le ciel, la mer,
Le sable et puis le vent ;
Avec leurs fifres et leurs tambours,
Leurs lourds accents du nord,
Leurs nippes, leurs chants paillards,
Leurs chapeaux flamboyants
Et leurs visages peints
Pour un jour, une nuit
Ils ne sont plus eux même
Mais sont devenus « masques ».
Là,
Sur le mur suspendu,
Par ton fil de vertu…
Mais je t’ai vu !!!
Tu m’as souris.
Jeanne.