23/09/2026
Salons du chiot : 30 Millions d'Amis demande l'interdiction, et la loi montre sa faille
La Fondation 30 Millions d'Amis a écrit le 17 septembre au ministère de l'Agriculture pour réclamer l'interdiction « ferme et définitive » des salons du chiot et du chaton. Derrière la polémique, un point de droit très concret : ces salons sont légaux précisément parce qu'ils sont consacrés aux animaux.
Ce qui s'est passé cette semaine
Entre mai et août 2026, des enquêteurs de la Fondation 30 Millions d'Amis se sont rendus en caméra discrète dans plusieurs salons du chiot, notamment à Valenciennes, Fontainebleau et Aix-en-Provence. Les conclusions ont été publiées le 18 septembre, au lendemain d'un courrier adressé à la ministre de l'Agriculture Annie Genevard par la présidente de la Fondation, Reha Hutin. Le message tient en une phrase : « Le temps n'est plus à la réglementation, mais à l'interdiction. » Une pétition accompagne la demande, autour de 21 400 signatures au moment où nous écrivons, pour un objectif de 30 000.
Le calendrier n'est pas anodin. Les salons du chiot reprennent en force à la rentrée : Le Mans début septembre, Toulouse mi-septembre, Vichy ce week-end même. La saison d'automne est celle qui précède les achats de fin d'année.
Pourquoi ces salons sont parfaitement légaux
C'est le point que la plupart des articles survolent, et c'est pourtant le cœur du sujet.
Depuis le 1er janvier 2024, la loi du 30 novembre 2021 contre la maltraitance animale interdit la vente de chiens et de chats en animalerie. Beaucoup de propriétaires en ont conclu que la vente « en magasin » avait disparu. Ce n'est pas exact.
L'article L.214-7 du code rural interdit la cession de chiens et de chats dans les foires, marchés, brocantes, salons, expositions « non spécifiquement consacrés aux animaux ». Autrement dit : vendre un chiot sur une brocante est illégal ; le vendre dans un événement dédié aux animaux ne l'est pas. Les salons du chiot tombent exactement dans cette exception. Ils réunissent des éleveurs professionnels, déclarés, avec numéro de SIREN, et ils sont contrôlables par les services vétérinaires départementaux.
On n'est donc pas devant une zone de non-droit, mais devant une faille de rédaction. Deux propositions de loi visent à la combler en supprimant les cinq mots « non spécifiquement consacrés aux animaux » : la n° 388, déposée en octobre 2024 par 34 députés de huit groupes différents, et la n° 1707, déposée le 11 juillet 2025. Aucune n'a été inscrite à l'ordre du jour. Plusieurs questions écrites de députés sur le sujet sont restées sans réponse ministérielle avant de tomber en fin de législature.
Ce que décrit l'enquête
Les observations rapportées par la Fondation portent moins sur la cruauté que sur le modèle commercial.
Des chiots transportés sur des centaines de kilomètres et exposés plusieurs jours dans un hall, avec courants d'air, chaleur et bruit. Des visiteurs encouragés à prendre les chiots dans les bras, ce qui est la mécanique la plus efficace pour transformer une visite en achat. Des paiements proposés jusqu'en douze fois. Peu ou pas de questions sur le mode de vie, le logement ou l'expérience de l'acheteur.
Le point le plus sérieux juridiquement est ailleurs. Depuis octobre 2022, tout acquéreur doit signer un certificat d'engagement et de connaissance, et il doit s'écouler au minimum sept jours entre cette signature et la remise de l'animal. C'est le seul garde-fou existant contre l'achat impulsif. L'enquête décrit des documents antidatés pour faire disparaître ce délai et permettre de repartir le jour même avec le chiot. Le non-respect du délai est puni de 135 euros d'amende (article R.215-5-1 du code rural). L'antidatage délibéré d'un document relève, lui, du faux, passible de tout autre chose.
Autre constat qui parlera aux éducateurs : la mise en avant de croisements à la mode vendus sous des noms commerciaux, maltipoo, pomsky, samsky, qui ne correspondent à aucune race reconnue et donc à aucun standard, ni de morphologie, ni de comportement.
Ce qui est établi, ce qui ne l'est pas
Il faut être honnête sur les chiffres qui circulent.
Vous lirez peut-être que « 48 % des animaux achetés en salon sont abandonnés ou maltraités dans les mois qui suivent » et que « 35 % des chiots vendus meurent peu après ». Ces chiffres proviennent d'une question écrite d'un député de décembre 2025 et ne sont rattachés à aucune étude identifiable. Ils ne doivent pas être repris comme des données.
Ce qui est documenté, en revanche, est plus sobre et plus embêtant. Une mission d'information du Sénat de juin 2025 constate qu'après l'interdiction de vente en animalerie, il n'existe « aucun élément statistique » permettant de mesurer un effet sur les abandons. L'Observatoire de la protection des carnivores domestiques recense environ 200 000 animaux pris en charge par les refuges chaque année, mais 84 % des animaux abandonnés ne sont pas identifiés, ce qui rend toute traçabilité impossible. La même mission relevait déjà que la vente en salon méritait d'être étudiée, et recommandait notamment d'informatiser le certificat d'engagement pour rendre le délai de sept jours réellement opposable.
Traduction : personne, aujourd'hui, ne peut dire avec des chiffres si un chiot acheté en salon finit plus souvent au refuge qu'un autre. Le débat se joue sur des principes et sur des pratiques constatées, pas sur des statistiques.
Et concrètement, pour vous ?
Rien ne change dans la loi cette semaine. Les salons d'automne se tiennent normalement. Mais si un chiot est dans vos projets, voici ce qui est opposable dès aujourd'hui.
Le délai de sept jours est un droit, pas une formalité. Vous signez le certificat d'engagement, vous rentrez chez vous, et vous revenez une semaine plus t**d. Si on vous propose de le dater d'avant pour partir tout de suite, ce n'est pas un arrangement, c'est une infraction, et elle se retourne contre vous.
Un chiot ne peut pas être cédé avant huit semaines. Il doit être identifié, et l'identification doit être au nom du vendeur avant d'être transférée au vôtre. Vous devez repartir avec une attestation de cession, la carte d'identification, un certificat vétérinaire de bon état de santé, et les documents généalogiques si le chien est annoncé comme étant de race.
Le vrai filtre reste le même depuis toujours : voir la mère, et voir l'endroit où le chiot a grandi. Un chiot rencontré dans un hall d'exposition ne vous apprend rien sur ses huit premières semaines, qui sont pourtant la période où presque tout se joue en matière de socialisation. Ce n'est pas une question de morale, c'est une question d'information. Vous achetez un animal dont vous ne pouvez pas vérifier le passé.
Enfin, un nom qui sonne bien n'est pas une race. Un maltipoo ou un pomsky est un croisement. Vous ne pouvez rien anticiper de son gabarit adulte, de son poil, ni de son tempérament.