14/02/2026
Un euphonium à mécanique double, Genèse d’un projet de longue date
Il y a de nombreuses années, lorsque je jouais intensivement de l’euphonium, un problème revenait systématiquement :
le registre grave manquait de stabilité, de densité et de facilité d’émission.
Ce phénomène était, selon moi, directement lié au système de compensation utilisé sur ce type d’instrument.
À l’inverse, les saxhorns 5 pistons dont le registre grave reste une référence pour beaucoup, offraient une réponse plus homogène, bien qu’ils présentent d’autres limites.
Cette interrogation technique ne m’a jamais quitté.
Une observation déterminante
Durant ma deuxième année d’études en facture instrumentale, en travaillant chez L’Olifant, où nous réparions quotidiennement des cors d’harmonie, un constat s’est imposé :
Dans les orchestres professionnels, les musiciens n’utilisent pratiquement jamais de systèmes compensés pour le registre grave.
Ces systèmes sont surtout présents sur les cors solo, qui descendent peu dans le grave, et fréquemment sur des cors triples.
Ils privilégient des instruments doubles, plus stables et plus homogènes dans le registre du système de Fa.
2010 – Étape fondatrice chez Miraphone
En 2010, lors de mon second stage de fabrication chez Miraphone en Allemagne, j’ai présenté des plans d’une mécanique double adaptable sur euphonium, destinée à corriger les limites inhérentes à la compensation.
Le projet était ambitieux, d’autant plus que je débutais le métier.
Il a fallu concevoir une mécanique totalement inédite, que Miraphone elle-même ne proposait pas à son catalogue.
Mes arguments ont été jugés suffisamment solides pour qu’ils acceptent de m’accompagner dans cette démarche.
Avec leur soutien technique, j’ai fabriqué sur place un premier prototype de mécanique spécifique pour euphonium.
Ce travail est devenu le sujet de mon Brevet des Métiers d’Art en 2012.
Puis, comme souvent dans la vie d’un artisan, d’autres projets se sont imposés et cette recherche est restée en suspens pendant plusieurs années.
2024 – La commande de cet instrument.
En 2024, un ami de longue date, musicien à l’orchestre d’harmonie de Mulhouse, a relancé le projet.
Connaissant mon attachement à cette idée, il m’a confié la réalisation d’un modèle unique.
L’instrument que vous découvrez aujourd’hui est l’aboutissement de ce parcours.
Le pavillon, la culasse et la suite proviennent du modèle 1258.
Tout le reste de l’instrument est inédit dans cette configuration.
Il ne s’agit pas simplement d’un euphonium modifié.
C’est une relecture complète de son architecture acoustique.
Résultat acoustique
Le registre grave est aussi accessible et fluide que le médium.
Aucune rupture de timbre ni changement brutal de comportement lors de l’activation de la quatrième palette.
La tessiture grave est aussi facile d’accès qu’un saxhorn, avec une projection proche d’un cimbasso.
L’instrument conserve une cohérence sonore remarquable sur toute son étendue.
Je sais que la maison Latze a exploré un concept similaire, mais je n’ai pas connaissance d’autres réalisations comparables. Toute information complémentaire est la bienvenue.
Remerciements
Aujourd’hui, c’est la Saint-Valentin.
Mais que serait un musicien sans être en couple avec son instrument ?
Je tiens à remercier profondément mon collègue de pupitre Maurice Wolf , dont c’est l’anniversaire ce 14 février ,pour m’avoir permis d’aboutir ce projet. Lui remettre cet instrument aujourd’hui est probablement le plus beau cadeau que je pouvais lui faire.
Je remercie également mes collègues de chez Miraphone.
C’est lors de mon premier stage chez eux que l’envie de fabriquer des instruments est née.
Sans leur soutien initial, cet instrument n’aurait jamais vu le jour, et je ne ferais probablement pas ce métier aujourd’hui.
Et la suite ?
Je ne prévois pas d’intégrer ce modèle au catalogue pour le moment :
sa fabrication est extrêmement longue et exigeante.
Cependant, j’espère que mes confrères chez Miraphone prendront le temps d’étudier cette architecture.
Peut-être qu’un jour, ils proposeront eux-mêmes ce concept à la vente.
Place aux photos.