11/05/2016
Ce n'est pas parce que la fermeture approche qu'il ne faut pas partager son plaisir, alors si vous n'avez pas peur de la lecture au long cours, lisez "Feu rouge" de Maxim Kantor, peintre et écrivain russe, c'est géant dans tous les sens du terme !
Fresque philosophique est le mot juste, s’agissant d’un artiste qui écrit comme il peint ; s’agissant surtout d’un historien des idées qui promène Heidegger par les rues et les hôtels de Berlin comme s’il y était. Car nous sommes aussi dans une saga européenne où s’entrecroisent et évoluent trois générations de familles différentes qui nous font voyager des fronts de la guerre civile russe de 1917-1922 à ceux de l’actuel Donbass (2015) sur lequel « le roi blanc » Poutine à « la figure aussi inféconde et stérile que l’argile et le sable de Russie », admirateur invétéré du penseur russe fascisant Ivan Iline, fait impérialement main basse.
Ainsi va le lecteur de dulag hitlérien en goulag stalinien, de Moscou à Munich, des bas-fonds aux palais de l’Europe, de la pègre aux salons oligarchiques, entraîné par des ressorts narratifs où l’épopée le dispute au policier dans un étourdissant roman cosmopolite et humaniste qui tremble de voir flirter, avec des accents stendhaliens, le rouge et le… brun.