04/09/2026
Un des romans les plus originaux de la rentrée, on n’en attendait pas moins deux ans après « Aliène » (Prix du Livre Inter). Il ne plaira pas à tout le monde et il en désorientera plus d'un.
Marie Marzouk, artiste contemporaine entre deux âges, disparaît sans laisser de traces lors d’une performance. La narratrice nous livre son journal intime de ses derniers mois. On trouve aussi des feuillets épars dans le journal intime, qui forment un autre récit, fictif et enchâssé, qui s'apparente à une fable, et qui évoque une ville assiégée. L'autrice multiplie les niveaux de récits avec aussi des annotations perpétuelles dans les marges du texte. Un texte littéralement en marge... Il faut accepter de se perdre dans ce mille-feuille labyrinthique, parfois difficile à décrypter, où l'on chemine comme dans un rêve.
Phoebe Hadjimarkos Clarke explore de façon fiévreuse le malaise existentiel de Marie Marzouk, harassée par la chaleur (cela se passe pendant une canicule… en 2030), qui donne au texte un aspect hallucinatoire, harassée par son état de début de ménopause. Elle erre dans les souterrains de sa ville (le métro), dans d’étranges rues et fêtes, dans une ville peuplée de (ses) fantômes. Entre deux âges, entre deux mondes, entre la vie et la mort, dans ses errances obsessionnelles des souterrains sous toutes ses formes.
Légèrement en décalage car dans un futur proche, c’est pourtant un texte d’une actualité pointue. Phoebe Hadjimarkos Clarke nous parle de notre monde et de son effondrement, des canicules et des changements climatiques, de la violence sociale et urbaine, de l’étranger, des invisibles, du corps des femmes, de l’art et de la frontière entre le réel et le fictif.
De ces récits encastrés, à la fois journal, dystopie et conte surnaturel, on peut chercher les liens, mais rien n’est explicité et il faut accepter cette part d’insondable, de s’enfoncer sous la surface des choses.
D’une modernité f***e, c’est un roman déstabilisant et profondément autre (comme l’était le bien-nommé "Aliène"), qui gardera sa part d’indéchiffrable et de mystère.
❤❤❤
Et on vous en reparlera : on reçoit Phoebe Hadjimarkos Clarke le 21 Octobre !