19/08/2026
L'EM/SFC, c'est quoi ? L'encéphalomyélite myalgique (ou syndrome de fatigue chronique) n'est pas un simple coup de fatigue qu'une bonne nuit de sommeil efface. C'est une maladie neurologique et systémique lourde, encore trop méconnue. Personnellement, et par chance, je n'ai jamais dépassé le stade 1 « léger », mais pour certain·e·s patient·e·s, cette maladie est un véritable enfer. Je ne compte pas vous faire un cours : juste raconter ma gestion quotidienne d'une réserve d'énergie très limitée.
La jauge physique : L'EM/SFC, c'est à la fois une fatigue qui s'installe sans prévenir et des douleurs musculo-squelettiques qui se réveillent sans préavis. Il y a des jours où je pourrais aller me coucher à 17 h, des soirs où couper des légumes pour le repas devient une épreuve. Pour le Shop, c'est la même réalité : l'impossibilité de manier une scie, de tenir une râpe à bois ou simplement de tenir debout devant l'établi. En tant que guitariste, jouer plus d'une heure est un défi, et parfois, simplement plaquer une suite d'accords sur un manche est douloureux. Quand le corps lâche, le travail et le plaisir s'arrêtent.
La jauge sensorielle : C'est l'un des impacts les plus durs pour un luthier et un musicien : la saturation des sens. La lumière vive agresse, les odeurs me gênent, le bruit des machines-outils devient insupportable (même avec les protections adaptées). Écouter de la musique est parfois impossible, dans le Shop, en voiture, et encore plus en concert… jusqu'à devoir décliner des invitations pour aller écouter mes propres instruments sonner sur scène.
La jauge sociale : La présence sur les réseaux, les sollicitations numériques, les échanges répétés, les demandes de démos audio ou vidéo, tout comme la participation à des salons ou des expositions… Chaque interaction puise dans le même réservoir. Ce n'est jamais un rejet du lien humain, mais une réalité : cette fatigue sociale consomme le peu de jus disponible pour fabriquer.
La jauge globale : La caractéristique de l'EM/SFC, c'est le malaise post-effort. Ignorer l'une des jauges ou trop forcer se paie immédiatement : pendant plusieurs heures ou jours au mieux, plusieurs semaines ou mois au pire ! Toutes les fatigues — physique, sensorielle, sociale — se déversent dans le même réservoir. Quand la batterie générale est à zéro, tout s'éteint : c'est le « crash ».
L'humain avant l'objet : Cet atelier n'est pas une marque impersonnelle, c'est le prolongement d'un homme. Si l'humain va mieux, la création suit. Parler de tout ça n'est pas chercher de la compassion, mais poser les bases d'une relation honnête et éduquer sur une réalité invisible. Réadapter mon rythme, c'est la seule façon de préserver la passion.