05/11/2022
LE POÈTE-ROI
La poésie qui chante
Me fait oublier que tout n'est pas beau.
La poésie qui rythme son propos
Me fait stresser.
La poésie qui valse
Me fait rougir de colère.
Je perds mon sang froid
Quand je ne regarde pas le Laid en face.
Je gagne en tension
Quand je ne me plains pas.
Je culpabilise
Quand je ne suis pas critique.
Pour être en phase avec moi,
Je vais vous parlez du roi.
Il n'a jamais été voté.
Il a régulièrement été nommé.
Désigné, je veux dire.
Et depuis ce jour-là,
Cette nuit, en fait,
Il n'a jamais été tenté
De bouder son état de nomination.
Son état de désignation.
Le roi est donc resté roi.
Et personne pour oser le lui nier.
Le roi n'aime pas gouverner.
Il préfère régner.
Son règne est paisible.
Une paix courtisane,
À vrai dire.
La paix populaire,
Cela est une autre histoire.
Le règne du roi impose,
On dirait,
Que les choses se passent ainsi.
Le roi parle peu
Mais son silence
S'entend en chacun.
Ses moindres mots
Créent, comme des refrains,
Une frénésie autour de lui.
Courtisans ou populations,
Tout le monde semble,
Curieusement,
S'accorder sur le même goût
Des bouts de phrases,
Ou des formules langagières,
Creuses ou sophistes,
Que lance,
Par moments de distraction maligne,
Le roi désigné.
Le roi,
Qui sait,
N'aime pas penser à la fin de son règne.
Il préfère régner.
Tout bonnement.
Quand tous n'ont d'yeux
Que sur son trône,
Il vaut mieux régner,
Sans aucune autre ambition.
Mais sait-on jamais ?
Le roi est roi
S'il étonne à l'ultime instant.
S'il est imprévisible,
Il est génial.
Mais à quoi sert un tel génie du roi,
S'il ne se résume qu'à régner ?
Ainsi se demandait le poète,
Tout nerveux qu'il devenait,
À seulement voir le roi régner.
Gratuitement.
Stérilement.
Sa poésie devient grave.
Elle scrute le ridicule
Et écorche ce qui est fard.
Sa poésie est tranchante,
Car elle doit mordre
Les adeptes de la jouissance.
Elle est courageuse,
Puisqu'elle peut raconter,
Pour dévoiler,
L'histoire ubuesque du roi.
Sa poésie chemine avec critique
Tout comme le poète et le lecteur
S'invitent dans le commerce de la pensée utile.
Le roi ne lit pas le poète
Mais ses courtisans,
Quand il leur arrive de le faire,
Pour un extrait,
Juste un extrait,
Qu'on leur aura imprimé,
Savent se sentir zélés
D'agir au nom de l'honneur du roi
Et imposer au poète
La plus mémorable punition
Que la population elle-même approuve en ces termes :
'Lui aussi,
Il croyait même que quoi ?
Quand on lui parlait,
Il nous disait que hooo je maîtrise non ?
Maintenant,
Il va alors sauf que lire l'heure.
Au lieu de vivre sa chose tranquille,
Il vient gâter sa vie comme ça pour rien.
Comme si c'est lui
Qui allait changer quelque chose dans ce royaume.
Poète poète poète,
On va où avec ça ici ?
Aka !'
Le roi,
Quoi qu'on dise,
Quand vient le soir,
S'endort tôt.
Et le poète,
Sans méditer à son sort,
S'emploie à écrire des poèmes
Qui ne chantent pas,
Qui ne dansent pas,
Qui ne plaisent pas.
Puis,
T**d,
Quand il s'endort,
A le sentiment
Du devoir accompli.
Ntol ibouk aa wili !