19/05/2026
Je me souviens encore de l’effet qu’avait eu sur moi L’Octopus et moi, le premier roman d’Erin Hortle : cette sensation rare d’être totalement déplacée dans la peau d’une autre, sur une terre lointaine battue par l’océan. C’est là, je crois, que réside la magie de son écriture.
Avec La Fille des vagues, l’autrice nous emmène de nouveau en Tasmanie, sur l’île de Bruny. Pendant plus de 500 pages, on suit Neika, élevée par ses deux pères au plus près de l’océan, des oiseaux marins et du vivant.
Neika surfe comme si elle était née dans le creux d’une vague. (Les amateurices de surf : ce livre est une immersion incroyable dans cet univers.) Mais le roman raconte surtout la construction d’une vie : la sociabilisation d’une jeune fille, son rapport au genre, ses amitiés, son premier amour, ses études, et la manière dont elle devient une scientifique traversée de questions philosophiques.
C’est Neika adulte qui raconte. Elle regarde en arrière et tente de comprendre comment certains événements ont façonné la femme qu’elle est devenue.
À travers sa passion pour les puffins à bec grêle — leur odeur, leurs migrations, leurs envols — Erin Hortle interroge notre rapport aux animaux non humains : leur capacité au deuil, à l’amour, à l’attachement. Que projetons-nous sur elleux ? Comment l’anthropomorphisme nous empêche parfois de réellement les comprendre ? Et surtout : quelle responsabilité avons-nous envers le vivant ?
C’est aussi un roman traversé par l’histoire coloniale de la Tasmanie. Comment habiter une terre volée, marquée par le génocide des peuples autochtones ? Comment aimer un territoire colonisé tout en héritant des privilèges de la blanchité ?
La Fille des vagues est un roman q***r à l’écriture magnétique, traversé par de très belles réflexions sur l’identité bisexuelle. C’est un roman sur l’amitié féminine, les amours qui réparent, le lien au vivant.
Un roman profondément écoféministe, qui vous reste en tête longtemps après la dernière page.
"La Fille des vagues" d’Erin Hortle, traduit par par Valentine Leÿs, aus éditions Dalva, 544p., 23€