29/07/2026
Stephen Shore, photographe américain, a tout au long de sa carrière, construit une véritable encyclopédie du american way of life de l’après-guerre, tout particulièrement dans ce qu’elle a de plus populaire et iconique.
Les diners, les plateaux repas, l’arrivée du micro-ondes dans tous les foyers… l’Amérique dans tous ses excès… comme on l’aime (l’aimait).
Dans les années 70, il parcourt l’Amérique « American Surfaces, Uncommon Places » et immortalise ses petits-déjeuners : des œufs sur un plat luisant, du bacon trop cuit, des crêpes noyés dans du sirop d’érable. Il ne cherche pas à rendre la nourriture appétissante au sens publicitaire.
C’est l’anti-Carême, l’anti-Chardin…l’assiette devient le miroir de l’âme moderne : industrielle, répétitive, étrangement mélancolique.
Le choc entre deux Amériques. Il y a une tension fascinante entre l’univers visuel des diners et le monde littéraire de Jim Harrison…l’ogre poète.
Quand la modernité invente le plat surgelé et le repas avalé en cinq minutes, Harrison, répond par l’excès magnifique.
Quand la photographie s’est mise à avoir « faim », elle a opéré une bascule fondamentale…elle est passée de la nature morte classique, à la capture du réel brut, du quotidien consumed, jetable et intime.
Une collision entre la route, le fast-food, la technologie et l’art de la table.
Après dix ans de photos Instagram parfaites, trop lissées, avec des bols d’açaï et des toasts à l’avocat ultra-stylisés, on assiste à un retour massif à l’esthétique Stephen Shore
On re-photographie le désordre, la fin du banquet, le flash cru sur une pizza tiède, les miettes sur la nappe. C’est la recherche d’une authenticité imparfaite.
Un nouvel art de la table hybride …l’art de la table contemporain mélange sans complexe le beau et le trivial.
On assume la poésie du quotidien.
Cette trajectoire nous montre que la gastronomie ne vit pas que dans la haute cuisine, mais dans la manière dont nous habitons nos repas, même les plus modestes.
Et si nous en parlions à table?
Bientôt! 🍽️