05/03/2026
Le métier d’éleveur a changé depuis les années quatre-vingts. Factuellement. La taille des troupeaux, les surfaces, le matériel, les bâtiments, le travail administratif… Pourtant, pour faire un brout**d, il faut toujours du soleil et de la pluie, de la chaleur, clôturer, donner matin et soir, surveiller, faire vêler et tant d’autres facteurs et soins.
Alors, quand le métier est plus teinté par les changements que par l’immuable, quand la taille du tracteur, la notation du bétail, et le total des aides prend le pas sur le rythme des saisons, la douceur des bêtes, et la satisfaction du travail bien fait, ceux qui se souviennent sont tentés d’abdiquer.
Nanoucha Van Moerkerkenland nous raconte dans « Honoré » la vie de cet éleveur. Et c’est vrai, qu’il y a à dire, que le métier a changé depuis qu’Honoré a commencé.
Maintenant seul, sans sa femme et sa fille chéries, sans ses bêtes, il regarde cette terre particulière : l’Aubrac.
Ce n’est pas un paysan misérable. Il est encore debout, malgré tout, avec son chien, au milieu de ce royaume qu’il regarde différemment. De ce royaume qui l’observe également.
Dans un langue très poétique, l’autrice nous raconte ce plateau, ses hommes et ses bêtes, sauvages et domestiques, ce travail qui nourrit les ventres et l’esprit, ce travail ancestral.
Le texte est aussi très juste, authentique, renseigné avec quelques vérités souvent bonnes à taire.
Rarement j’ai lu un roman aussi fort sur notre Aubrac. Ce n’est pas un roman estival, d’un Aubrac de carte postale, d’aligot et de fêtes de famille. C’est un livre rugueux et poétique pour un territoire âpre, spirituel, généreux et violent.
Pour ceux qui veulent lire sur ce territoire d’en-haut un texte à la hauteur.
Nanoucha Van Moerkerkenland « Honoré », Le cherche midi, février 2026, 170 pages, 18,50 euros