02/11/2021
Bon.
Ça va pas être la peine de tortiller du fion ni se planquer derrière un spaghetti. Autant dire ce qui est : le mec est surdoué.
Non. On est loin, loin au delà de la virtuosité, là. Le mec fait ce qu’il veut. Dans tous les registres. C’est Prince. Avec la francophonie à la place de sa gratte. Le plus que parfait du subjonctif est sa bi**ch aux ordres. Il chiquenaude le vocable rare comme d’autres jouent aux billes avec leurs crottes de nez. La langue est possédée, on va dire. Acquise, comme un savoir. Et le point de vue est altier. L’ironie se torche avec les conventions de Genève. Pas de quartiers. Pas de prisonniers. Tout le monde prend. C’est fin. C’est magistral.
Après, comme c’est touffu, gigogne, perché, conceptuel et, pas se mentir, par moments un poil long, tout le monde évoque Borges. Pas faux. Si c’était, justement, moins « méta » et gratuit, la facture est tellement balèze qu’on oserait Bolano ! Si ! Le mec boxe à ce niveau-là.
Aussi, c’est « un livre sur le livre », « livre dans le livre » et de « la littérature sur la littérature », donc à la fin du jeu, ce que ça raconte, on s’en bat les roupettes avec des raquettes de jokari. Mais ce n’est pas le problème. C’est tellement bien branlé. C’est l’écriture, qu’on suit. Scotché. Car si c’est parfois long, disions-nous, ce n’est jamais vraiment chiant. La phrase est trop vivante, trop innervée. Comme le slogan jadis des Galeries Farfouillette : « à chaque instant il se passe quelque chose ».
J’ignore si Mohamed Mbougar Sarr va décrocher le Goncourt, mais je sais qu’aux championnats du monde de scrabble par équipes, je veux être dans la sienne. Je me charge du louchebem et de l’argot vintage. En lui laissant le reste. On est sûrs de gagner. Non ! Le français, monsieur, n’a pas dit son dernier mot. Un (grand) littérailleur sénégalais le prouve. Enjoy. Et prenez soin de vous.