Lavocat, sa vie, son oeuvre.....
Notre belle Librairie a été fondée en 1920 par monsieur Guilleminault et Madame, née Lavocat, à leur retour d'Odessa où ils enseignaient jusqu'alors le français à de jeunes aristocrates russes. Je vous épargnerai, ici, donc, en vertu de votre grande culture, les raisons de leur retour à Paris. Le choix du nom de jeune fille de la fondatrice pour patronyme de la li
brairie naquit d'un doux mélange alliant les infidélités du mari à la nécessité de choisir un nom qui s'inscrirait aisément dans les mémoires et passerait à la postérité par la commune
renommée. Ainsi fut il décidé qu'"aller chez Lavocat" sonnerait mieux qu'"aller chez Guilleminault". . La librairie d'alors n'avait rien de commun avec la configuration et la surface
de notre librairie actuelle. Elle occupait un modeste triangle qui connut une croissance rapide jusque dans les années cinquante où elle atteint sa maturité . Dés 1924, le ménage Guilleminault se désintéressa totalement du destin de sa librairie et l'abandonna au travail de ses nombreux enfants. L'ainée, Marie-Estelle, que tout Auteuil connait, depuis lors, sous le nom de Mademoiselle Lavocat, en prit les rênes; elle était alors âgée de vingt ans, et ne les lâcha plus jusqu'à ma succession, il y aura bientôt 25 ans. Ce fut une grande libraire, présidente des libraires de France. Elle connaissait et aimait les gens. Elle se souvenait des hôtels particuliers qui avaient fait long feu, des histoires d'auteurs, des histoires de guerre. Elle savait marier les livres et les gens, en bonne marieuse elle faisait les bons ménages. C'est ainsi qu'en un siècle, la librairie Lavocat ne connut que deux libraires. Etre libraire c'est avant tout transmettre des livres qui participeront- peu ou prou- à la construction du lecteur. Nul ne connait précisément la trace laissée par les livres sur ses lecteurs. Parce que j'aime la littérature, les mots, les textes, j'aime les livres. Parce que les mots savent nous rendre proche un monde qui nous est étranger, la littérature nous rend meilleurs. Parce qu'un livre est charnel, et doit le rester, il participe au rapport personnel que l'on entretient avec les textes. La mémoire des textes qui nous ont constitués est aussi la mémoire des livres qui en ont été l'écrin. Aucun téléchargement ne se substituera à cette indissociable alliance!