04/08/2026
Ce livre en contient trois.
Un roman dans un roman dans un roman.
Il y a tout d'abord cette femme qui écrit. Esprit. Sa vie avec ses enfants, ses plongées hypnotiques dans l'écriture d'où elle ressort transformée, ses recherches aux archives, sur les traces disparues d'une rivière que les humains ont enfouie, ses promenades sur les rives d'un fleuve qu'elle aime comme un être vivant, puisque c'est ce qu'il est, ses baignades et ses contemplations, constituent la première histoire.
Ce qu'elle écrit est le deuxième roman. Cela se passe en 2050. L'extractivisme se conjugue au fascisme, le cycle de l'eau est détruit, les nappes phréatiques se vident, la bétonisation poursuit les ravages que l'on connaît et les fleuves sont malades. Un groupe d'individus se réunit pour se mettre en résistance. Ils souhaitent libérer les eaux de la Rize pour vivre avec elle.
La troisième histoire est le parlement de l'Eau. On y voit siéger Marais, Torrent, Nappe Phréatique, Fleuve, Mer, Canal de Jonage, Rhône, Miribel... Des Cours d'Eau, mais pas que, puisqu'il y a aussi Cascade, Petit Lac et Océan. Disons donc plutôt des Corps d'Eau. Ensemble, ils élaborent une littérature qui lutte pour que la sinistre dystopie qui nous attend se transforme en utopie. De leurs ateliers d'écriture naîtra l'histoire qu'Esprit retranscrit.
Ces trois strates se parlent et se répondent. Elles se mélangent et s'encouragent. Et l'ensemble se tient fabuleusement.
Ce livre est un enchantement que je ne comprends pas vraiment. Je le contemple, il me ravit et c'est très bien comme ça. L'écriture semble se décrire, elle miroite, c'est fluide, liquide, fleuve, trois romans qui n'en font qu'un, comme des affluents qui se mêlent, et ce qu'ils sont ensemble est ce livre que l'on tient dans la main : une œuvre poétique et politique, follement libre, absolument géniale.
Jordan
Éditions Cambourakis