19/06/2026
Énorme coup de coeur pour la réédition d' "Hommes de maïs" du prix Nobel de Littérature Guatémaltèque Miguel Angel Asturias aux éditions R&N dans la traduction de Francis de Miomandre (prix Goncourt 1908 et traducteur de Cervantès). Rien que ça.
"Hommes de maïs" est une épopée poétique hallucinée, lyrique et onirique au coeur de l'imaginaire guatémaltèque et de la cosmogonie Maya.
Un roman foisonnant et trépidant, à la langue complexe imprégnée de symbolique.
C'est avant tout une histoire de luttes sociales et politiques entre les indigènes et les maïceros, les cultivateurs de Maïs, souvent métis et d'origine espagnole. Tout commence avec l'empoisonement du cacique Gaspar Ilom, le chef de tribus, qui c'est révolté contre l'exploitation mercantile et sacrilège du maïs, la plante sacrée des Mayas. C'est aussi une histoire de malédictions et de vengeances puis la quête désespérée d'êtres errants à la recherche de femmes et d'enfants disparus ou bien métamorphosés en créatures ou en fantômes.
Un classique et chef d'oeuvre de la littérature sud américaine qui a inspiré Jorge Luis Borges, Gabriel Garcia Marquez, Juan Rulfo ou encore Roberto Bolano.
"Gaspar Ilom remuait la tête de côté et d'autre. La nier, la broyer, cette accusation du sol sur lequel il était endormi avec sa natte, son ombre et sa femme, et enterré avec ses morts et son nombril, dans parvenir à se défaire d'une couleuvre à six cent mille tours de boue, de lune, de forêts, d'averses, de montagnes, d'oiseaux et de tonnerre, qu'il se sentait autour du corps. [...] Gaspar s'étira, de contracta et se remit à tourner la tête de côté et d'autre, pour écraser l'accusation du sol, empêtré de sommeil et de mort par la couleuvre aux six cent mille tours de boue, de lune, de forêts, d'averses, de montagnes, de lacs, d'oiseaux et de tonnerre qui lui pilonnait les os jusqu'à en faire une bouillie de haricots noirs... Une nuit de profondeurs s'égouttait."
Hommes de Mais, Miguel Angel Asturias, éditions R&N, 23€