29/09/2015
Voici la reliure que j'ai présenté lors de la dernière biennale mondiale de la reliure de Saint-Rémy-lès-Chevreuse sur le thème de Vendredi ou la vie sauvage.
Cette reliure m'a demandé deux années de modélisation en 3D, de recherches pour découvrir comment fabriquer certains matériaux (fil de papier, papier pierre etc.), pour détourner certaines pratiques de restauration de livres anciens (papier gravé, gardes vitrail en papier greffé etc.) et pour inventer une nouvelle façon d'assembler un livre (les cahiers sont greffés sur fil de papier, la grande enveloppe en relief est un détournement du système du lutrin etc.).
Ce livre réagit à son environnement (selon la lumière du jour on peut voir apparaître sur les plats un lever ou un coucher de soleil, le visage de Robinson Crusoé apparaît sur les gardes alors que tout les espaces blanc s'illuminent et les feuillages découpés dans le papier réagissent au moindre souffle d'air).
Les symboles sont très nombreux (rocher, cage, tranches sculptées en formes de dunes ou de vagues pour la solitude, dos en bois représentant le naufrage ou un radeau pour l'évasion etc.)
Cette reliure est fragile et nécessite certaines précautions de manipulations. J'avais d'ailleurs pris la peine de l'amener moi-même à Saint-Rémy-lès-Chevreuse.
J'ai avant tout participé à ce concours pour faire connaître mon travail du plus grand nombre.
Je pense que les personnes de ce concours ont fait de leur mieux pour organiser leur exposition.
Mais j'ai était extrêmement déçu et blessé lorsque j'ai vu dimanche dernier dans quelles conditions ma reliure avait été exposée au public. Elle était présentée sur une table au fond de la salle derrière le grand cercle formé par l'ensemble des reliures du concours, posée à côté d'une autre reliure (comme des ouvrages parias). Elle était déformée, montée à l'envers. Il manquait des pièces (perdues on ne sait quand), certaines avaient été arrachées, d'autres étaient décollées, crevées. Mes plats, si fragiles étaient déchirés, froissés, pliés. Ainsi exposée elle ressemblait à un assemblage raté, presque à un déchet et avait perdu toute sa signification. De la voir dans cet état m'a profondément désolé. J'aurais aimé que l'on me prévienne de son état déplorable. Je serais même venu la réparer gracieusement pour qu'elle puisse être montrée au public dans de bonnes conditions. Je participerai vraisemblablement de nouveau à cet évènement mais garde une certaine rancœur de cette édition. Il ne me reste désormais qu'à passer quelques dizaines d'heures de travail pour restaurer ce livre.