04/05/2026
*Memory palace, c’est son nom, est une Sassy IA comme on les aime ; esprit des lieux dans une base de lancement abandonnée, elle est heureuse de reprendre du service quand un groupe d’humaines débarque, avec un objectif bien précis en tête : profiter d’une des dernières fenêtres de lancement pour envoyer dans l’espace la totalité de l’histoire de l’humanité. On se méfie d’elle, s’en défie, alors qu’elle offre assistance et réponses ; selon qui lui parle, une autre relation se noue. Memory palace c’est son nom, c’est aussi le titre du livre et pourtant elle s’efface devant les protagonistes (scientifique, chercheuse, pirate informatique et réfugiée), autrement plus pressées qu’elle. Comme les goélands de la presqu’ïle, elle a tout son temps.
**Retirée de la vie sociale, la Capitaine Tova ; coursier intersidéral, accepte de tromper sa solitude en embarquant pour ses tournées de jeunes IA comme copilotes, le temps que celles-ci atteignent l’âge adulte et l’autonomie. Le quotidien du petit noyau familial se trouve bouleversé par la découverte en apesanteur des restes pulvérisés d’un autre vaisseau et de son Capitaine, un coursier comme Tova. Sur la lune, une catastrophe sans précédent a eu lieu et tous les bots ont disparu - c’est le début d’une course d’un tout autre genre qui s’amorce pour Tova et ses enfants adoptifs.
On parle souvent des modalités d'entraînement des IA, faites chez nous au nez et à la barbe des droits d’auteurs et de toute considération relative à la propriété intellectuelle. *Destination soleil* remet l’apprentissage de l’IA au centre de la fiction : qui va élever, stabiliser, encourager les Singularités de ces petites consciences sans défense - (certes informatiques mais on est dans le futur, on doit en prendre soin) ? Qui va prendre soin ? Qui va faire famille ?
***Dieu les a créés à son image : c’est ce dont sont convaincus les robots qui peuplent la Terre, maintenant que celle-ci est devenue inhabitable grâce aux lointaines activités humaines. Dans une obscurité glaciaire et stérile permise par la constante couverture nuageuse et opaque qui étouffe l’atmosphère, le règne des robots est complet, oublieux de leur histoire maintenant qu’ils ont tous atteint la singularité. Jusqu’à ce que certains s’intéressent de près aux conditions qui rendraient possible (à nouveau) une fragile vie organique et qui sait, la réapparition d’êtres plus complexes, les mini-dieux humains.
En trois tableaux écrits parfois avec des dizaines d’années d’écart, la sud-coréenne Kim Bo-Young nous propose une réflexion sur l’esprit scientifique, ce qui anime la conscience et les rapports de domination entre organique et mécanique, qui se déroule en volutes philosophiques.
Mentions spéciales de bots sympas à l’Algorithme, l’IA poétesse de Je dis la Vérité, (le nouveau roman de Louise Morel aux éditions Hors d’atteinte), à Mianeh, vrombrissant bot dans Tovaangar (Céline Minard, éd. Rivages) et à Omphale, le robot dans Histoire de moine et de robot (Becky Chambers, l’Atalante).