14/08/2024
In memoriam Fatou Niang Bâ, Nouakchott écrit le 02 juillet 2024
Cette chaise vide pleine de ta présence
Debout au seuil de la porte… comme à l’accoutumée, je souriais
Adja les coins des yeux luisant des larmes ne put répondre à mes salutations mêlées des rires
Yasmine, vacillant sous le poids de la macabre nouvelle s’assit… les miroirs de son âme faisaient le tour de chaque coin de la salle comme pour te chercher dans la vacuité de l’espace.
Christophe d’un ton sépulcral m’annonça ton départ vers les contrées céruléennes. Moi qui étais venu, ce soir-là, à la rencontre de Giles Deleuze, je pris glace au cœur…. J’ai regardé, après l’annonce de ta mort, cette chaise vide pleine de ta présence. Dans le calme profond de la médiathèque, le vent égrenait, à la vitesse astrale, tous les souvenirs. Tout s’affluait dans mon cerveau à l’instar des trombes qui s’abattaient sur une cave. Ton princier sourire sculpté dans l’air faisait rayonnait la salle morne et nous extirpait par moment de l’aisselle funèbre d’un alizé s’appliquant à nous convaincre de ce que nous espérions qu’il fût un mauvaise rêve.
Dans l’atmosphère lugubre, Wane et Cissé perdirent l’usage des mots. Nous étions tous silencieux comme si la nuit nous avait emporté avec toi dans le monde du silence infini.
Marie-Louise, accablée de douleur et les yeux couverts des gouttes d’onde saumâtre, regarda le ciel et prit le fils de l’homme en témoin de ta sève péniblement investie dans le champ de l’existence pour cueillir des paradisiaques calendulas afin de consoler pour toutes les souffrances terrestres… elle fixait le soleil écarlate comme si elle voyait ton âme apaisée et auréolée déchirer les tendres nues flamboyantes dans la direction du jardin céleste.
Comment ne plus te voir sourire à mes plaisanteries
Comment ne plus entendre cette voix qui me disait : - Salihina veux-tu prendre quel livre ? - j’espère que ta fille et sa maman se portent à merveille.
Comment ne plus pouvoir te parler de la loyauté de ma femme, de la politique, de la poésie, de la littérature et de tout ce que j’aime dans cet Univers si éphémère […]
Vendredi dernier tu étais si taciturne, tu te plaignais d’un mal de tête… je ne pensais pas que cela t’aurait conduit si tôt sur le chemin des corps sidéraux. Cependant, tu ne mourras jamais à nos âmes saccagées par ton absence. Cette présence si lourde à concevoir.
[…]
Quand j’ai vu celui pour qui battaient tes artères, je ne sais te dire pourquoi, je pensais à cette comptine, une âme qui murmurait : « ma chandelle est morte ». J’ai entendu le chant muet d’un cœur désolé … Tu étais ce fanal qui éclairait ses nuits. Ce nuage qui l’épargnait de la lapidation du soleil. Sois heureuse en compagnie des élus dans les demeures régaliennes du ciel, ô ma sœur aux yeux souriants… tu seras à jamais présente sur cette chaise vide.
Photo crédit : internet