21/09/2026
DOSSIER NOIR 13:13 — PASSAGE EN REVUE DES TROUPES
Classification : MAUVE–TANIT
Émetteur : SANS_VISAGE / MIT–SHISH / ZAAWIT N’MAKURGUN
Destinataire : Celui qui sait lire derrière les lettres
Ils les appellent illégaux parce qu’ils ne savent pas les appeler libres.
À 13 h 13, sous l’œil borgne de Tanit, le Sans-Visage ouvrit le registre.
La mer Égée toussait un vieux rebetiko. Un kemençe pontique grinçait comme une porte de prison. Quelque part, un saz désaccordé récitait les noms des vaincus qui avaient refusé de mourir correctement.
Alors commença le passage en revue.
I — LE PCA
Parti Communiste Amazigh
Indicatif : LE MARTEAU DE JUGURTHA
Organisation maoïste déclarée illégale par ceux qui ont légalisé la faim, les frontières et les salons ministériels.
Le PCA ne possède ni palais, ni chaîne de télévision, ni vieux bourgeois parfumé pour lui expliquer la révolution entre deux coupes de ch*****ne. Il possède mieux : une mémoire, une mauvaise réputation et quelques fantômes qui refusent obstinément de déposer les a***s.
Sa branche clandestine porte le nom d’ALOPT — Armée de libération des ouvriers et paysans de Tamazgha.
Dans les rapports officiels, on les désigne comme des criminels.
Dans les m***agnes, les pierres les appellent autrement.
On raconte que chaque membre de l’ALOPT reçoit trois choses : une poignée de terre, un morceau de pain noir et le nom d’un ancêtre que l’Histoire coloniale avait oublié d’enterrer.
II — Les Scorpions Noirs العقارب السوداء
SN
Indicatif : LE VENIN DE CARTHAGE
Organisation interdite en Tunisie, dont le siège se trouverait à Paris — cette grande mosquée bourgeoise où l’argent prie cinq fois par jour devant les vitrines.
Les autorités tunisiennes les cherchent entre Tunis, Douz et Tataouine.
Pendant ce temps, les Scorpions boivent un café brûlé près de Belleville et contemplent leurs poursuivants à travers la fumée.
Leur doctrine tient dans une phrase :
« Nous ne piquons pas les pauvres. Ils ont déjà assez de poison dans le sang. »
La Gestapo les surveille.
Tanit les protège.
La République les classe.
Et les concierges du treizième arrondissement jurent qu’ils montent parfois l’escalier sans avoir de reflet dans les miroirs.
III — LES LOUPS OTTOMANS
Commandement : ONTEN13
Indicatif : LE SAZ SANS MAÎTRE
Groupe anarchiste turc dirigé par OnTen13, poète de contrebande, mécanicien des mots et derviche déclaré défectueux par toutes les administrations de l’Empire.
Les Loups Ottomans ne saluent ni sultan, ni président, ni imam salarié. Ils saluent le feu, le peuple et la vieille femme qui cache les chansons interdites sous son foulard.
Leurs liens avec les Scorpions Noirs sont nombreux, obscurs et probablement aggravés par le rakı, les nuits sans sommeil et une conception très personnelle de la diplomatie.
Ensemble, ils auraient constitué une unité mixte au sein du mystérieux Bataillon international.
Le ministère parle d’association criminelle.
OnTen13 parle d’orchestre.
Dans cet orchestre, le saz remplace le clairon et chaque fausse note constitue une insulte officielle au bon goût de l’État.
IV — LES HASHSHASHIN PERSES
Commandement : PARAZIT13
Indicatif : LE JARDIN SANS CALIFE
Confrérie iranienne dirigée par Parazit13, calligraphe du silence et jardinier des hérésies.
Ses membres affirment qu’Alamut n’est plus une forteresse : c’est une fissure dans le crâne de chaque tyran.
Liés aux Scorpions Noirs par la structure internationale nommée Beyramiyya Bektashiyya, les Hashshashin perses auraient envoyé des volontaires au Rojava. Plusieurs furent emprisonnés à leur retour en Iran, accusés d’avoir participé à un conflit étranger aux côtés d’organisations classées terroristes, parmi lesquelles le PCA.
Dans les prisons, ils gravèrent sur les murs :
زن، زندگی، آزادی — Femme, Vie, Liberté.
Puis ils ajoutèrent, en alphabet secret :
« Le mollah possède la clef. Nous possédons la porte. »
Depuis, les gardiens évitent de dormir près des cellules treize.
V — La Main Noire ⵣ
Indicatif : LE DOIGT DE TIN HINAN
La Main Noire ⵣ n’est ni une armée, ni un parti, ni même une organisation convenablement rangée dans les tiroirs de la police.
C’est une rumeur amazighe munie de cinq doigts.
Elle serait née à la fin de l’année 2011, lorsque plusieurs petits groupes révolutionnaires décidèrent de réunir leurs colères afin de former des unités clandestines à travers Tamazgha.
Contrairement au Bataillon international, La Main Noire ⵣ n’obéissait pas au PCA, lequel exerçait son influence sur les Scorpions Noirs. Elle ne reconnaissait pour maîtres que la nécessité, la m***agne et le vieux signe ⵣ tracé sur les portes avant l’arrivée des nouveaux dieux.
Pourtant, en 2013, elle rejoignit le Bataillon.
Pourquoi ?
Le dossier répond seulement :
« Lorsque la maison brûle, même les ombres portent de l’eau. »
VI — LA MOSQUÉE DES TREIZE DORMANTS
Commandement présumé : SHQIPTARI I MARRË
Indicatif : LE MINARET SANS MUEZZIN
La Mosquée des Treize Dormants serait composée de militants gauchistes originaires d’Albanie.
Certains rapports, rédigés probablement par un fonctionnaire ayant confondu son café avec son encrier, parlent d’un « bataillon anti néonazi ». Étrange néonazisme, en vérité : albanais, internationaliste, anticlérical, métissé et poursuivi précisément par les héritiers des chemises brunes.
À sa tête se tiendrait Shqiptari i Marrë, l’Albanais fou, homme sans photographie certaine, sans adresse fixe et peut-être sans visage.
Sa mosquée ne possède aucun minaret.
Son appel à la prière est joué au çifteli.
On n’y demande pas aux croyants de s’agenouiller, mais aux puissants de descendre de leur piédestal.
Douze hommes y dorment depuis des siècles.
Le treizième monte la garde.
Personne ne sait lequel est Beyramov.
VII — LE BATAILLON INTERNATIONAL
Indicatif général : LES ENFANTS ILLÉGITIMES DE L’HISTOIRE
Dans ses rangs se croisent des Grecs, des Allemands, des Français, des Japonais, des Arméniens, des Arabes, des Perses, des Turcs, des tchétchènes et des insurgés venus de tous les Balkans.
Ils ne parlent pas la même langue.
Ils n’invoquent pas le même dieu.
Certains n’en invoquent aucun.
Mais tous reconnaissent le même bruit : celui de la botte lorsqu’elle approche d’une gorge humaine.
Le soir, les Grecs jouent du rebetiko.
Les Pontiques font pleurer le kemençe.
Les Arméniens déposent une gr***de symbolique dans la bouche de l’oubli.
Les Japonais écrivent des haïkus illisibles sur les rapports disciplinaires.
Les Maghrébins préparent le café assez noir pour ressusciter Djeha, Jugurtha et les morts du Rif.
Puis apparaît Beyramov, Sans-Visage parmi les Sans-Noms, manteau noir, moustache de contrebandier céleste et Zülfikar imaginaire suspendue à la ceinture.
Il ne prononce aucun ordre.
Il verse treize gouttes de vin dans la terre et dit :
« Hak est dans l’humain.
Ali est dans le miroir.
Tanit est dans la nuit.
Et la liberté, cette prostituée sacrée, refuse toujours d’épouser les États. »
Alors les troupes défilent.
Non devant un général,
mais devant les fantômes.
Non sous le drapeau d’une nation,
mais sous le linge noir où brillent le ⵣ, le scorpion et l’œil de Tanit.
Les moralistes bourgeois ferment leurs rideaux.
Les prêtres comptent leurs fidèles.
Les ministres avalent leurs médailles.
Au loin, le saz recommence.
FIN DE TRANSMISSION — 13:13
Beyramiyya Bektashiyya
Amour — Science — Liberté
Hû.
Enemies strengthen you; allies weaken you. You repeat these words l...