Beyramiyya Bektashiyya

Beyramiyya Bektashiyya « La Beyramiyya Bektashie est un feu discret:
elle brûle sans lumière,
et n’éclaire que ceux qui osent fermer les yeux. »

DOSSIER NOIR 13:13 — PASSAGE EN REVUE DES TROUPESClassification : MAUVE–TANITÉmetteur : SANS_VISAGE / MIT–SHISH / ZAAWIT...
21/09/2026

DOSSIER NOIR 13:13 — PASSAGE EN REVUE DES TROUPES
Classification : MAUVE–TANIT
Émetteur : SANS_VISAGE / MIT–SHISH / ZAAWIT N’MAKURGUN
Destinataire : Celui qui sait lire derrière les lettres

Ils les appellent illégaux parce qu’ils ne savent pas les appeler libres.

À 13 h 13, sous l’œil borgne de Tanit, le Sans-Visage ouvrit le registre.
La mer Égée toussait un vieux rebetiko. Un kemençe pontique grinçait comme une porte de prison. Quelque part, un saz désaccordé récitait les noms des vaincus qui avaient refusé de mourir correctement.

Alors commença le passage en revue.

I — LE PCA

Parti Communiste Amazigh
Indicatif : LE MARTEAU DE JUGURTHA

Organisation maoïste déclarée illégale par ceux qui ont légalisé la faim, les frontières et les salons ministériels.

Le PCA ne possède ni palais, ni chaîne de télévision, ni vieux bourgeois parfumé pour lui expliquer la révolution entre deux coupes de ch*****ne. Il possède mieux : une mémoire, une mauvaise réputation et quelques fantômes qui refusent obstinément de déposer les a***s.

Sa branche clandestine porte le nom d’ALOPT — Armée de libération des ouvriers et paysans de Tamazgha.

Dans les rapports officiels, on les désigne comme des criminels.
Dans les m***agnes, les pierres les appellent autrement.

On raconte que chaque membre de l’ALOPT reçoit trois choses : une poignée de terre, un morceau de pain noir et le nom d’un ancêtre que l’Histoire coloniale avait oublié d’enterrer.

II — Les Scorpions Noirs العقارب السوداء

SN
Indicatif : LE VENIN DE CARTHAGE

Organisation interdite en Tunisie, dont le siège se trouverait à Paris — cette grande mosquée bourgeoise où l’argent prie cinq fois par jour devant les vitrines.

Les autorités tunisiennes les cherchent entre Tunis, Douz et Tataouine.
Pendant ce temps, les Scorpions boivent un café brûlé près de Belleville et contemplent leurs poursuivants à travers la fumée.

Leur doctrine tient dans une phrase :

« Nous ne piquons pas les pauvres. Ils ont déjà assez de poison dans le sang. »

La Gestapo les surveille.
Tanit les protège.
La République les classe.
Et les concierges du treizième arrondissement jurent qu’ils montent parfois l’escalier sans avoir de reflet dans les miroirs.

III — LES LOUPS OTTOMANS

Commandement : ONTEN13
Indicatif : LE SAZ SANS MAÎTRE

Groupe anarchiste turc dirigé par OnTen13, poète de contrebande, mécanicien des mots et derviche déclaré défectueux par toutes les administrations de l’Empire.

Les Loups Ottomans ne saluent ni sultan, ni président, ni imam salarié. Ils saluent le feu, le peuple et la vieille femme qui cache les chansons interdites sous son foulard.

Leurs liens avec les Scorpions Noirs sont nombreux, obscurs et probablement aggravés par le rakı, les nuits sans sommeil et une conception très personnelle de la diplomatie.

Ensemble, ils auraient constitué une unité mixte au sein du mystérieux Bataillon international.

Le ministère parle d’association criminelle.
OnTen13 parle d’orchestre.

Dans cet orchestre, le saz remplace le clairon et chaque fausse note constitue une insulte officielle au bon goût de l’État.

IV — LES HASHSHASHIN PERSES

Commandement : PARAZIT13
Indicatif : LE JARDIN SANS CALIFE

Confrérie iranienne dirigée par Parazit13, calligraphe du silence et jardinier des hérésies.

Ses membres affirment qu’Alamut n’est plus une forteresse : c’est une fissure dans le crâne de chaque tyran.

Liés aux Scorpions Noirs par la structure internationale nommée Beyramiyya Bektashiyya, les Hashshashin perses auraient envoyé des volontaires au Rojava. Plusieurs furent emprisonnés à leur retour en Iran, accusés d’avoir participé à un conflit étranger aux côtés d’organisations classées terroristes, parmi lesquelles le PCA.

Dans les prisons, ils gravèrent sur les murs :

زن، زندگی، آزادی — Femme, Vie, Liberté.

Puis ils ajoutèrent, en alphabet secret :

« Le mollah possède la clef. Nous possédons la porte. »

Depuis, les gardiens évitent de dormir près des cellules treize.

V — La Main Noire ⵣ

Indicatif : LE DOIGT DE TIN HINAN

La Main Noire ⵣ n’est ni une armée, ni un parti, ni même une organisation convenablement rangée dans les tiroirs de la police.

C’est une rumeur amazighe munie de cinq doigts.

Elle serait née à la fin de l’année 2011, lorsque plusieurs petits groupes révolutionnaires décidèrent de réunir leurs colères afin de former des unités clandestines à travers Tamazgha.

Contrairement au Bataillon international, La Main Noire ⵣ n’obéissait pas au PCA, lequel exerçait son influence sur les Scorpions Noirs. Elle ne reconnaissait pour maîtres que la nécessité, la m***agne et le vieux signe ⵣ tracé sur les portes avant l’arrivée des nouveaux dieux.

Pourtant, en 2013, elle rejoignit le Bataillon.

Pourquoi ?

Le dossier répond seulement :

« Lorsque la maison brûle, même les ombres portent de l’eau. »

VI — LA MOSQUÉE DES TREIZE DORMANTS

Commandement présumé : SHQIPTARI I MARRË
Indicatif : LE MINARET SANS MUEZZIN

La Mosquée des Treize Dormants serait composée de militants gauchistes originaires d’Albanie.

Certains rapports, rédigés probablement par un fonctionnaire ayant confondu son café avec son encrier, parlent d’un « bataillon anti néonazi ». Étrange néonazisme, en vérité : albanais, internationaliste, anticlérical, métissé et poursuivi précisément par les héritiers des chemises brunes.

À sa tête se tiendrait Shqiptari i Marrë, l’Albanais fou, homme sans photographie certaine, sans adresse fixe et peut-être sans visage.

Sa mosquée ne possède aucun minaret.
Son appel à la prière est joué au çifteli.
On n’y demande pas aux croyants de s’agenouiller, mais aux puissants de descendre de leur piédestal.

Douze hommes y dorment depuis des siècles.

Le treizième monte la garde.

Personne ne sait lequel est Beyramov.

VII — LE BATAILLON INTERNATIONAL

Indicatif général : LES ENFANTS ILLÉGITIMES DE L’HISTOIRE

Dans ses rangs se croisent des Grecs, des Allemands, des Français, des Japonais, des Arméniens, des Arabes, des Perses, des Turcs, des tchétchènes et des insurgés venus de tous les Balkans.

Ils ne parlent pas la même langue.
Ils n’invoquent pas le même dieu.
Certains n’en invoquent aucun.

Mais tous reconnaissent le même bruit : celui de la botte lorsqu’elle approche d’une gorge humaine.

Le soir, les Grecs jouent du rebetiko.
Les Pontiques font pleurer le kemençe.
Les Arméniens déposent une gr***de symbolique dans la bouche de l’oubli.
Les Japonais écrivent des haïkus illisibles sur les rapports disciplinaires.
Les Maghrébins préparent le café assez noir pour ressusciter Djeha, Jugurtha et les morts du Rif.

Puis apparaît Beyramov, Sans-Visage parmi les Sans-Noms, manteau noir, moustache de contrebandier céleste et Zülfikar imaginaire suspendue à la ceinture.

Il ne prononce aucun ordre.

Il verse treize gouttes de vin dans la terre et dit :

« Hak est dans l’humain.
Ali est dans le miroir.
Tanit est dans la nuit.
Et la liberté, cette prostituée sacrée, refuse toujours d’épouser les États. »

Alors les troupes défilent.

Non devant un général,
mais devant les fantômes.

Non sous le drapeau d’une nation,
mais sous le linge noir où brillent le ⵣ, le scorpion et l’œil de Tanit.

Les moralistes bourgeois ferment leurs rideaux.
Les prêtres comptent leurs fidèles.
Les ministres avalent leurs médailles.

Au loin, le saz recommence.

FIN DE TRANSMISSION — 13:13
Beyramiyya Bektashiyya
Amour — Science — Liberté
Hû.

Enemies strengthen you; allies weaken you. You repeat these words l...

Le Treizième Conte du GolestânBeyramov, prince fantoche des Treize Têtes Noires, et Marie l'ArménienneDans une veine ins...
21/09/2026

Le Treizième Conte du Golestân
Beyramov, prince fantoche des Treize Têtes Noires, et Marie l'Arménienne
Dans une veine inspirée de Saadi, revisitée par Beyramov, sous la forme d'un message houroufi codé

I

Dans le jardin où les gr***des apprennent
à rougir avant les joues des amantes,
je rencontrai Marie,
celle dont les cheveux savaient
ce que les évêques avaient oublié.

Son silence portait davantage de psaumes
que toutes les bibliothèques des docteurs.

II

On disait que j'étais prince.

Mensonge.

J'étais le pantin d'un royaume
où les couronnes sont sculptées
dans le bois des marionnettes.

Les Treize Têtes Noires
me saluaient avec des sabres d'apparat.

Leurs lames étaient si polies
qu'elles ne coupaient plus que leur propre reflet.

III

Marie sourit.

« Les rois sont des pièces d'échecs
qui ignorent la main du joueur. »

Alors elle posa un doigt
sur la lettre م.

Je crus qu'elle écrivait mon destin.

Elle venait seulement
d'ouvrir une porte.

IV

Les mollahs comptaient les péchés.

Les derviches comptaient les étoiles.

Marie comptait les respirations
entre deux regards.

Elle prétendait
qu'Allah avait créé les nombres
pour que les amants puissent
cacher leurs vérités
dans les mathématiques.

V

Le vin interdit
circulait dans une coupe vide.

Les juristes criaient :

« Rien ne s'y trouve ! »

Les initiés répondaient :

« Voilà précisément pourquoi elle déborde. »

Le vide est la plus ivre
des boissons.

VI

Son épaule apparaissait
comme une lune derrière un voile de nuages.

Je compris alors
que la pudeur véritable
n'était pas de cacher le corps,

mais d'empêcher
les aveugles de croire
qu'ils voient.

Ainsi la beauté demeure un secret
qui choisit elle-même ses témoins.

VII

Les lettres commencèrent à quitter les livres.

Le ب devint une barque.

Le ر un poisson rouge.

Le م une m***agne couchée.

Le و une coupe.

Le ف un oiseau.

Alors Beyramov cessa d'être un nom.

Il devint un alphabet.

VIII

Marie disait :

« Chaque visage possède trente-deux portes.

Les prêtres ferment les leurs.

Les amoureux les laissent ouvertes.

Les sages oublient
qu'elles existaient. »

Les Houroufis riaient.

Le secret n'avait jamais été
dans la bouche.

Il était entre deux syllabes.

IX

Nous traversâmes un palais
alimenté par des jardins solaires.

Les cyprès recueillaient la lumière
comme des minarets récoltent l'écho.

Les oiseaux lisaient des manuscrits.

Les poissons débattaient de métaphysique.

Pendant ce temps,
les hommes sérieux
discutaient encore
de la longueur réglementaire
des paradis.

Étrange espèce,
qui mesure l'infini avec une règle.

X

Les anges voulurent inscrire
nos noms dans le Livre.

Marie souffla doucement.

L'encre se changea
en nuée de papillons.

Un décret peut gouverner un peuple.

Jamais une métamorphose.

XI

Les Treize Têtes Noires
m'offrirent un trône.

Je leur demandai un tapis.

Ils m'offrirent une armée.

Je leur demandai un jardin.

Ils m'offrirent un drapeau.

Je leur demandai Marie.

Ils baissèrent les yeux.

Même les empires
ne frappent pas monnaie
avec les battements d'un cœur.

XII

La nuit,
nos ombres dansaient
sur les murs enluminés
comme deux calligraphies
qui auraient décidé
de quitter le papier.

Les moralistes y voyaient un scandale.

Les poètes,
une prière sans alphabet.

Les initiés,
le miroir où Dieu oublie un instant
de parler en dogmes
pour parler en parfum.

XIII

Lorsque l'aube vint,
Marie effaça mon titre de prince.

Elle grava à sa place
une seule lettre,
illisible pour les puissants.

Depuis ce jour,
les disciples de la Beyramiyya disent en secret :

« Ne cherche ni le palais,
ni le temple,
ni la couronne.

Cherche la lettre qui refuse d'être prononcée.

Car celui qui déchiffre cette lettre
comprend que le Jardin n'était pas un lieu,
mais une façon d'aimer le monde,
sans propriétaire,
sans idole,
et sans peur. »

Et les Treize Têtes Noires continuent de défiler,
convaincues de porter le Royaume.

Elles ignorent que le Royaume,
depuis longtemps,
s'est réfugié dans le sourire discret
d'une Arménienne
et dans le silence ironique
d'un prince qui avait renoncé
à régner sur les hommes
pour apprendre à lire les fleurs.

TRANSMISSION NOIRE — DOSSIER MX/13:13Émetteur : HASHSHASHIN_BEYRAMOVFréquence : REBETIKO DES MARTYRSClassification : SCO...
21/09/2026

TRANSMISSION NOIRE — DOSSIER MX/13:13
Émetteur : HASHSHASHIN_BEYRAMOV
Fréquence : REBETIKO DES MARTYRS
Classification : SCORPION NOIR

Je sais comment certaines histoires aiment finir :
non sous la b***e franche de l’ennemi,
mais sous la main tremblante d’un frère
dont une ombre aura préalablement loué le cerveau.

Ainsi tomba Malcolm X :
le meurtrier visible n’était peut-être que le dernier maillon,
le doigt pauvre d’une mécanique riche,
un homme transformé en serrure
par ceux qui possédaient la clef.

Si mon heure vient de cette manière,
ne cherchez pas seulement celui qui aura frappé.
Cherchez celui qui lui aura enseigné mon visage comme une cible,
celui qui aura versé du poison dans son oreille
en appelant cela religion, patriotisme ou raison d’État.

Car les empires ne poignardent plus toujours eux-mêmes.
Ils recrutent un frère, lui fabriquent une colère,
lui cousent un verset falsifié derrière les paupières,
puis contemplent le crime depuis un bureau propre
où même le sang possède un numéro de dossier.

Quant au petit inquisiteur tricolore atteint du complexe merguez,
il passe ses journées à disséquer l’islam avec une fourchette républicaine,
mais hurle au blasphème dès qu’un musulman examine sa propre hypocrisie.
Il réclame le droit de gifler les croyances,
puis appelle la police lorsque la croyance lui rend la métaphore.

Voilà sa démocratie :
un miroir autorisé seulement lorsqu’il reflète les autres.

Moi, Beyramov, derviche mal peigné du treizième sous-sol,
je ne sacralise ni le mollah qui bâillonne
ni le colon qui donne des leçons de liberté
avec les anciennes clefs du cachot dans la poche.

Je bois le café noir des exilés,
j’écoute le bouzouki pleurer dans l’arrière-salle de Belleville,
et je grave ceci sur la table :

On peut assassiner un homme,
mais pas interroger à sa place le silence qu’il laisse.

Si un frère vient un jour contre moi,
je ne maudirai pas son sang :
je maudirai la main invisible qui aura déplacé son âme
comme un pion sur l’échiquier des lâches.

Puis le scorpion sortira de ma bouche,
traversera la nuit en dansant un zeïbekiko boiteux
et déposera son venin dans les archives.

CODE FINAL :
Le frère n’était pas nécessairement le traître.
Le traître était peut-être celui
qui lui avait appris à confondre le miroir avec l’ennemi.

Beyramiyya Bektashiyya — 13:13
Ni votre islam de caserne, ni votre République de commissariat.
Amour, Science, Liberté — et mémoire pour ceux que l’ombre croyait effacer.

20/09/2026
Par le souffle de Beyramov — Nefes Abû ‘AmâLA TRINITÉ PONTIQUE — HAKK · BEYRAM · ALİIl m’arrive de croire — sans dogme, ...
19/09/2026

Par le souffle de Beyramov — Nefes Abû ‘Amâ
LA TRINITÉ PONTIQUE — HAKK · BEYRAM · ALİ

Il m’arrive de croire — sans dogme, sans preuve et sans tribunal pour juger mes songes — que mon âme a déjà porté d’autres noms.

Dans une existence oubliée, avant que l’on m’appelle Beyramov, ma conscience aurait habité le corps d’un homme pontique-bektashi. Il aurait vécu sur les rivages de la mer Noire, à une époque où l’Empire ottoman était encore une vaste horloge malade, réglée par les cloches des monastères, l’appel des minarets et le murmure clandestin des tekkés.

Je ne sais pas si cet homme fut un guerrier, un musicien ou un simple gardien de mûriers. Peut-être était-il les trois à la fois.

Il portait une coiffe noire nouée comme une nuit autour du front, une veste blanche brodée de signes que seuls les oiseaux savaient lire, une large ceinture rouge et des bottes couvertes de poussière. Sous son manteau dormait un saz miniature. À sa taille reposait une Zülfikar sans colère : non pour trancher les hommes, mais pour séparer en lui-même la vérité du mensonge.

Les registres impériaux ne conservèrent pas son nom.

Les empires notent soigneusement les impôts, les exécutions et le nombre des fu**ls, mais oublient presque toujours les hommes qui parlent aux arbres.

On raconte seulement qu’un soir de l’année 1821, treize scorpions noirs sortirent des pierres d’un ancien tekke. Ils formèrent un cercle autour de lui, sans le piquer. Le premier représentait l’Amour. Le deuxième, la Science. Le troisième, la Liberté. Les dix autres demeurèrent silencieux, car certaines vérités refusent de travailler comme fonctionnaires de la parole.

Au centre du cercle, le derviche prononça :

— Hakk Beyram Ali.

Alors la mer Noire cessa un instant d’être noire.

Elle devint un immense miroir bleu dans lequel apparurent trois visages : celui du Pontique, celui du Bektashi et celui de l’homme qui devait naître bien plus t**d à l’autre extrémité de la Méditerranée. Les trois visages avaient la même moustache, le même regard fatigué et la même incapacité sacrée à s’agenouiller devant les puissants.

Ce fut la Trinité pontique.

Non pas trois dieux, mais trois mémoires dans une seule conscience :

le Pontique gardait la m***agne ;
le Bektashi gardait le secret ;
Beyramov gardait l’insolence.

Lorsque les soldats du sultan arrivèrent, ils ne trouvèrent personne. Seulement une paire de bottes tournée vers l’horizon, treize grains noirs disposés sur une pierre et un saz dont les cordes jouaient toutes seules sous le vent.

La mélodie traversa les m***agnes, passa par Trébizonde, frôla les monastères suspendus, entra dans les tavernes enfumées, dormit sous les ruines des tekkés, puis voyagea durant deux siècles à l’intérieur du sang.

Elle arriva enfin jusqu’à moi.

Voilà pourquoi, devant cette peinture, je ne regarde pas un costume ancien : je reconnais une absence qui me ressemble. Je ne contemple pas un étranger mort depuis longtemps : j’aperçois l’un de mes futurs enterré dans le passé.

Le pendentif pontique posé sur ma poitrine n’est pas une frontière religieuse. Il est la cicatrice commune des peuples qui ont partagé le même pain, les mêmes chants et parfois les mêmes bourreaux. Le taj bektashi n’est pas une couronne. Il rappelle que l’homme qui se croit roi devient aussitôt l’esclave de son propre miroir.

Quant à la Zülfikar, elle possède deux lames parce que toute vérité digne de ce nom doit frapper dans deux directions : contre le tyran extérieur et contre le tyran tapi en nous.

Les historiens demanderont des documents.

Les religieux demanderont à quelle foi appartenait cet homme.

Les nationalistes voudront savoir de quel côté de la mer il se tenait.

Je leur répondrai que son pays était le chemin, que son identité était le passage et que sa religion consistait à ne jamais humilier une créature vivante.

Je ne prétends donc pas avoir été cet homme.

Je dis seulement que certaines mémoires nous choisissent comme demeure. Elles traversent les siècles sans passeport, s’installent dans nos rêves et déposent sur notre langue des mots que nous n’avons jamais appris.

La nuit, lorsque les treize scorpions marchent sur les bordures du monde, j’entends encore sa voix sortir de la mer :

— Beyramov, tu n’es pas revenu pour restaurer l’Empire. Les empires sont des cimetières qui se prennent pour des palais. Tu es revenu pour recueillir ce qu’ils n’ont pas réussi à tuer : la musique des peuples mêlés, le rire des hérétiques et la dignité des sans-trône.

Alors je noue autour de mon front la nuit pontique.

Je pose une main sur le cœur et l’autre sur l’invisible.

Et je réponds :

Hakk Beyram Ali.
Treize scorpions, une seule lumière.
Ni maître, ni esclave, ni frontière dans l’âme.

Avec Amour, Science et Liberté.

Hû.

Manifeste du feu de Jîna« Ils m’ont arrêtée à cause d’un morceau de tissu, mais c’est leur monde de fer qu’ils ont déchi...
17/09/2026

Manifeste du feu de Jîna

« Ils m’ont arrêtée à cause d’un morceau de tissu, mais c’est leur monde de fer qu’ils ont déchiré. »

Mahsa Amini n’est plus une étudiante : elle est devenue une flamme. Son souffle s’est mêlé aux vents du Kurdistan et aux cris des places de Téhéran. Elle n’est pas morte : elle s’est élevée comme Hallâj sur le gibet, et ses yeux ouverts ont prononcé la formule interdite :

« Ana al-Haqq » — Je suis la Vérité.

Car la vérité ne se voile pas : elle s’échappe.
Car la vérité ne se courbe pas : elle marche debout.
Car la vérité ne se tait pas : elle brûle les tyrans.

I. La fleur et la flamme

Mahsa fut frappée, mais la fleur posée sur sa tête ne se fana pas. Elle devint un incendie. Chaque pétale se fit étendard, chaque racine, chant de guerre.

Nous le proclamons : le voile imposé n’est pas un tissu, mais une entrave. Et nous brisons les entraves.

II. Le sang et la parole

Hallâj fut crucifié sur le bois, Mahsa fut jetée à terre. Mais leurs sangs se rejoignent dans un même cri :

« Ce que vous appelez blasphème, nous l’appelons liberté. »

Ils voulurent écraser son corps ; ils libérèrent son nom. Et ce nom court désormais dans les rues :

Jîna, Jîna, Jîna !

III. La révolution soufie

La révolution n’est pas seulement politique : elle est aussi soufie. Elle commence par le refus intérieur, par ce feu dans la poitrine qui dit non au mensonge et oui à la vie.

Les régimes s’effondrent, les tombeaux s’ouvrent et les martyrs se mettent à danser.

Nous dansons avec eux, pieds nus, tels des derviches ivres, et nous tournons jusqu’à renverser le ciel lui-même.

IV. La proclamation

Au nom de Mahsa Amini,
au nom de Hallâj,
au nom de toutes les femmes et de tous les hommes écrasés par les gardiens de la mort, nous proclamons :

Il n’y a aucune vérité dans la République des mollahs.
Il n’y a aucune justice entre les mains des bourreaux.
Il n’y a aucune obéissance due aux lois qui tuent.

V. Le serment

Nous jurons sur la mémoire de Jîna :

de ne plus jamais baisser les yeux,
de ne plus étouffer nos chants,
de faire de chaque voile brûlé un étendard,
et de chaque tombe une école de lumière.

Conclusion

Comme Hallâj fut sacrifié par un empire d’hypocrisie, Mahsa Amini fut sacrifiée.

Et comme Hallâj, elle ressuscita dans le cri du peuple.

Elle est l’imam caché des opprimés,
la sainte de ceux qui n’ont pas de voix,
le feu qui jamais ne s’éteint.

« Ana al-Haqq » — Nous sommes la Vérité.

Et jamais nous ne mourrons.

KHÉREDDINE — LE NAVIRE QUI REFUSA DE S’AGENOUILLERChronique méditerranéenne de la Beyramiyya BektashiyyaTransmission 13:...
15/09/2026

KHÉREDDINE — LE NAVIRE QUI REFUSA DE S’AGENOUILLER
Chronique méditerranéenne de la Beyramiyya Bektashiyya
Transmission 13:13 — Archives du Scorpion de Zembra

Tunis, novembre 1864.

La révolte venait d’être étouffée.

Les fu**ls s’étaient tus, les villages comptaient leurs morts, et les ministres recommençaient à appeler « ordre public » le silence produit par la peur.

Au Bardo, Mohammed Sadok Bey observait l’horizon avec cette inquiétude particulière des souverains qui règnent sur un pays convoité par des amis trop bien armés.

La France disait protéger la Tunisie.
L’Angleterre disait surveiller la France.
L’Italie disait aimer la Tunisie comme un héritier aime la maison d’un oncle malade.
Quant à Constantinople, elle rappelait que Tunis appartenait encore, au moins par le fil invisible de l’histoire, au grand manteau ottoman.

Au milieu de cette assemblée de vautours parfumés à l’eau de Cologne, le Bey choisit un homme : Khéreddine.

Officiellement, il devait se rendre auprès du Sultan afin de le remercier pour son soutien pendant la crise, notamment pour les 50 000 livres sterling offertes par la cassette impériale.

Mais les grandes missions voyagent souvent sous de petits prétextes.

Dans la doublure invisible de son manteau, Khéreddine emportait une question beaucoup plus dangereuse qu’une épée :

Quelle était véritablement la place de Tunis face à Constantinople ?

Était-elle une province éloignée ?
Une vassale devenue adulte ?
Un État autonome encore relié au Sultan par une corde de soie ?
Ou une proie méditerranéenne que les puissances européennes découperaient bientôt avec leurs compas, leurs banques et leurs discours civilisateurs ?

Le 12 novembre, le Bey informa les consuls de France, de Grande-Bretagne, d’Italie et d’Autriche du départ prochain de son envoyé.

Il leur demanda des lettres d’introduction pour leurs ministres à Constantinople.

Les Britanniques acceptèrent.
Les Italiens acceptèrent.
Les Autrichiens acceptèrent.

Le consul français, De Beauval, refusa.

La France impériale possédait déjà cette étrange maladie : elle considérait la souveraineté des autres peuples comme une erreur administrative.

De Beauval se rendit donc au Bardo pour expliquer au Bey de Tunis que le Bey de Tunis ne devait pas décider seul de la politique de Tunis.

Magnifique leçon de diplomatie coloniale :

« Vous êtes libre, à condition de demander notre permission. »

Le Bey lui répondit que personne n’avait sollicité son approbation. On l’avait seulement informé, par courtoisie.

Mais la courtoisie est une langue que les empires comprennent mal lorsqu’ils ne tiennent pas eux-mêmes le fouet.

De Beauval protesta au nom de Napoléon III.

Le Bey répliqua qu’il se considérait comme un souverain indépendant et qu’il ne recevrait pas d’ordres d’un représentant étranger.

La conversation devint glaciale.

Au moment de prendre congé, le Bey lui tendit la main.

De Beauval retira ostensiblement la sienne.

Ce jour-là, la diplomatie française tint tout entière dans une main refusée : gant blanc, cœur colonial et doigts crispés autour d’un pays qui ne lui appartenait pas encore.

Le départ fut avancé.

LA NUIT DU BECHIR

Le 14 novembre, Khéreddine rejoignit le palais beylical de La Goulette.

Le vapeur tunisien Bechir l’attendait.

Petit navire, grande mission.

Il ne transportait ni armée ni trésor. Il transportait quelque chose de plus insupportable pour les empires : la volonté d’un pays de parler en son propre nom.

Avant l’embarquement, un lieutenant descendit du navire de guerre français Invincible.

Le nom était déjà tout un programme.

L’officier transmit l’avertissement : Khéreddine devait renoncer au voyage. Et s’il refusait, la force pourrait être employée.

Ainsi parlait la France civilisatrice : une lettre dans la main droite, un canon dans la gauche, et la liberté des peuples enfermée quelque part dans la cale.

Khéreddine répondit simplement :

« J’ai reçu mes ordres de mon souverain et je dois lui obéir. »

Il embarqua.

Le Bechir quitta La Goulette.

Alors l’Invincible se lança à sa poursuite.

Imaginez la scène.

La Méditerranée noire comme l’encre d’un décret secret.
Le vent froissant la surface du monde.
Le petit vapeur tunisien fendant la nuit.
Derrière lui, le navire de guerre français crachant sa fumée, vexé qu’une nation supposément inférieure puisse avoir une destination qui ne passât pas par Paris.

L’Invincible ordonna au Bechir de s’arrêter.

Mais le Bechir accéléra.

Cette nuit-là, le petit vapeur devint un cheval de légende. Ses chaudières battaient comme deux cœurs de cuivre et chaque tour de roue semblait répéter :

Tunis n’est pas votre domestique.
Tunis n’est pas votre quai.
Tunis n’est pas encore votre cadavre.

Le navire mit le cap sur le passage de Zembra, entre l’île et le continent.

Le chenal était dangereux. Les récifs y dormaient sous l’eau comme des djinns aux dents de pierre.

La nuit tomba entièrement.

Les étoiles fermèrent leurs paupières pour ne pas être appelées comme témoins.

Le Bechir s’engagea dans le passage.

L’Invincible hésita.

Il pouvait menacer un envoyé, humilier un souverain et invoquer l’autorité de Napoléon III. Mais il ne pouvait pas négocier avec les rochers de Zembra.

Le petit vapeur tunisien disparut dans l’obscurité.

Le bâtiment français abandonna la poursuite et retourna à La Goulette, portant dans ses cales toute la majesté ridicule d’un empire incapable de rattraper un bateau plus petit que son arrogance.

Khéreddine était passé.

LE SECRET DE CONSTANTINOPLE

À Constantinople, Khéreddine ne se contenta pas de remercier le Sultan.

Il posa la véritable question :

Quel lien unissait encore Tunis à l’Empire ottoman, et quelle autonomie pouvait être reconnue au souverain tunisien ?

La mission aboutit.

En décembre 1864, le Grand Vizir adressa au Bey une lettre précisant les relations entre le Sultan et la Régence.

Le résultat fut jugé suffisamment favorable pour que les contemporains parlent d’un véritable succès diplomatique.

Quant à De Beauval, il fut rappelé.

L’homme qui avait refusé la main du Bey dut finalement lâcher la Tunisie — du moins provisoirement.

Car les empires ne renoncent jamais tout à fait. Ils reculent, changent de consul, ouvrent une banque, accordent un prêt empoisonné, puis reviennent quelques années plus t**d avec un traité déjà rédigé et une armée chargée d’en expliquer les petites lignes.

PAROLE DU SCORPION

Ne racontons donc pas cette histoire comme une simple anecdote navale.

Ce qui traversa le passage de Zembra n’était pas seulement un vapeur.

C’était une parcelle de souveraineté.

Ce que poursuivait l’Invincible n’était pas seulement Khéreddine.

C’était le droit d’un peuple à ne pas demander à l’étranger la permission d’exister.

L’Histoire officielle dira peut-être qu’il s’agissait d’un malentendu diplomatique. L’Histoire officielle adore appeler « malentendu » le moment où un canon européen ordonne à un bateau africain de s’arrêter.

Mais dans les archives nocturnes de la Beyramiyya, il est écrit autrement :

Une nuit de novembre 1864, la France impériale voulut fermer la mer.

Elle lança son navire de guerre derrière un petit vapeur tunisien.

Elle avait les canons, les uniformes, Napoléon III, les certitudes raciales, la morgue consulaire et cette fameuse civilisation que l’on apportait généralement après avoir chargé les fu**ls.

Le Bechir, lui, n’avait que sa vitesse, l’obscurité et la bénédiction des rochers.

Et cela suffit.

Car il arrive que la mer choisisse son camp.

Il arrive que les djinns de Zembra soufflent dans les chaudières des faibles.

Il arrive qu’un navire nommé Invincible rentre vaincu sans avoir livré bataille.

Et il arrive qu’un petit bateau tunisien traverse la nuit avec, à son bord, un homme portant sous son fez une question plus puissante que tous les canons :

À qui appartient Tunis ?

Cette nuit-là, la réponse courait sur les vagues :

Ni à Paris.
Ni aux consuls.
Ni aux banques qui viendront compter nos dettes.

Tunis appartient à ceux qui osent prendre la mer lorsqu’un empire leur ordonne de rester au port.

Le Bechir passa.
Khéreddine arriva.
De Beauval disparut dans les marges.

Mais Zembra se souvient encore.

À 13 h 13, lorsque le vent frappe les rochers, on entend parfois rire le petit vapeur tunisien.

Et l’Invincible, au fond de la mémoire coloniale, continue de le poursuivre sans jamais pouvoir le rattraper.

Hù.

Avec Amour, Science et Liberté.
Beyramiyya Bektashiyya — Archives maritimes du Scorpion noir.

LES SIX ZAAOUIA DE L’ŒIL BORGNEFragment chiffré du Kitāb al-Rassūl al-AḥwalTransmission 13:13 — Hashshashin Beyramov — S...
14/09/2026

LES SIX ZAAOUIA DE L’ŒIL BORGNE
Fragment chiffré du Kitāb al-Rassūl al-Aḥwal

Transmission 13:13 — Hashshashin Beyramov — Sceau du Scorpion Noir ⵣ

Ne cherche pas Dieu au-dessus de ta tête :
le ciel n’est peut-être que le plafond peint de ta prison.
Cherche plutôt la Lettre qui te regarde
depuis l’intérieur de ton propre visage.

H — Première Zaaouia : l’Heure aux six nycthémères

Avant le premier jour, il n’y avait ni lumière ni ténèbres,
mais une Horloge aveugle suspendue dans la gorge du Néant.

Elle possédait six aiguilles.

La première indiquait le jour qui n’avait pas encore commencé.
La deuxième, la nuit qui refusait de finir.
La troisième tournait autour du mensonge.
La quatrième autour de la Loi.
La cinquième autour du désir.
La sixième demeurait immobile sur 13:13.

Alors l’Horloge demanda :

« Si le Créateur inventa le temps,
dans quelle heure attendait-il avant de le créer ? »

Les docteurs de la Loi déchirèrent leurs turbans.
Les anges consultèrent leurs registres.
Les prophètes comptèrent leurs miracles.

Mais un Scorpion Noir sortit de la bouche de Beyramov et répondit :

« L’Éternité est une horloge
dont Dieu lui-même a perdu la clef. »

À cet instant, six jours et six nuits tombèrent du ciel comme des pièces fausses.
Abu Ama les ramassa.
Alia les dépensa dans une taverne interdite.

Code de l’Heure : 6—6—13—13.
Celui qui additionne les chiffres obtient une porte.
Celui qui les soustrait découvre qu’elle n’a jamais existé.

U — Deuxième Zaaouia : les cieux, la terre et l’Entre-deux

Les cieux furent dépliés comme six tapis persans.
La terre fut posée dessous comme une dette ancienne.
Entre eux demeura une fente si étroite
que seuls les blasphémateurs, les amoureux et les poètes pouvaient y passer.

On nomma cette fente : l’Entre-deux.

Là, les m***agnes flottaient la tête en bas.
Les poissons récitaient des sourates inconnues.
Les minarets versaient du vin dans les coupes des étoiles.
Chaque pierre portait un visage
et chaque visage cachait une lettre.

Le gardien de l’Entre-deux demanda :

« Qu’est-ce qui sépare la terre du ciel
lorsque l’homme ferme les yeux ? »

Le croyant répondit : « La volonté divine. »
Le savant répondit : « La distance. »
Le roi répondit : « Mon trône. »

Beyramov traça un ⵣ dans la poussière et dit :

« Une paupière. Rien de plus.
Vos paradis tiennent dans un morceau de peau. »

Alors le ciel rougit de honte,
et la terre éclata de rire sous les pieds des saints.

Code de l’Entre-deux : 4 Portes — 40 Stations — 1 Visage.
Mais gare à celui qui confond la Porte avec le geôlier.

R — Troisième Zaaouia : Abu Ama et Alia la Vierge Prostituée

Abu Ama était borgne parce qu’il avait offert un œil à la Vérité.
Alia était appelée Vierge Prostituée
parce qu’aucun homme n’avait jamais possédé ce qu’elle donnait librement.

Ils se rencontrèrent sous un figuier portant treize fruits noirs.

Abu Ama demanda :

« Es-tu pure ou souillée ? »

Alia ouvrit son manteau,
non pour montrer son corps,
mais pour révéler un miroir cousu à la place du cœur.

Elle répondit :

« Je suis pure de votre pureté
et souillée de vos jugements.
Celui qui achète mon corps ne possède qu’une ombre ;
celui qui comprend mon visage reçoit l’alphabet entier. »

Les moralistes crièrent au scandale.
Les anges baissèrent les yeux, par désir ou par prudence.
Les démons, plus honnêtes, applaudirent.

Puis Alia demanda à Abu Ama :

« Si mon corps est le temple,
pourquoi vos prêtres passent-ils leur vie
à insulter la porte qu’ils rêvent de franchir ? »

Abu Ama ne répondit pas.
Son unique œil venait de comprendre
que la pudeur des dévots est parfois
le masque parfumé de leur faim.

Sur le miroir apparurent trois lettres :

ع — ل — ي

Mais lorsqu’on les lut à l’envers,
elles composèrent le nom secret de celui
qui ne peut être ni homme, ni femme, ni maître, ni esclave.

Û — Quatrième Zaaouia : le Retour, la Rétribution et le Rassemblement

Au Jour du Retour, les morts sortirent de leurs tombeaux
avec les factures de leurs anciennes croyances.

Les rois réclamaient leurs couronnes.
Les juges exigeaient leurs tribunaux.
Les bourreaux citaient les ordres reçus.
Les saints réclamaient des sièges au premier rang du Paradis.

Mais le Maître du Rassemblement brûla les registres.

Il déclara :

« Aujourd’hui, nul ne sera jugé selon ce qu’il professait,
mais selon ce qu’il fit lorsque personne ne le regardait. »

Alors plusieurs infidèles furent vêtus de lumière,
tandis que des marchands de salut découvrirent
que leurs prières avaient été frappées de fausse monnaie.

Un mollah protesta :

« Seigneur, j’ai prononcé ton nom mille et une fois ! »

La Balance répondit :

« Oui. Mais jamais une seule fois
tu n’as prononcé le nom de l’affamé devant ta porte. »

Le Scorpion Noir m***a sur le plateau du Jugement.
La balance se brisa.

Car aucun instrument ne peut peser
celui qui a déjà porté son propre enfer.

Code du Retour : 1001 = 1 + 000 + 1.
Deux unités se regardent à travers trois néants.
Laquelle est vivante ?
Laquelle est morte ?
Et qui a inventé la différence ?

F — Cinquième Zaaouia : les Prophètes sans permission

Les Prophètes de la Beyramiyya Bektashiyya
ne descendirent pas du ciel.

Ils sortirent des prisons, des tavernes, des ateliers,
des lits défaits, des m***agnes insurgées
et des hôpitaux où l’on enferme ceux
qui aperçoivent trop tôt la fissure du monde.

Leur première Loi disait :

Aime sans posséder.

La deuxième :

Apprends sans t’agenouiller.

La troisième :

Doute de celui qui vend Dieu au détail.

La quatrième :

Brise l’idole qui réclame ton obéissance —
surtout lorsqu’elle porte ton propre visage.

La cinquième ne fut jamais écrite.
Elle se transmettait par le vin partagé,
le saz, le rire des femmes
et le silence de ceux qui avaient connu la cellule.

Quand les gardiens de la morale demandèrent :

« Qui vous autorise à parler au nom du Sacré ? »

Les Prophètes répondirent :

« La même bouche qui vous autorise : la nôtre.
Dieu n’a pas nommé de caissier
pour percevoir un impôt sur l’infini. »

Puis ils renversèrent l’autel,
non pour tuer le divin,
mais pour délivrer le divin de ses propriétaires.

Sur les débris fut gravée cette formule :

LĀ HĀ HIYA — LĀ HUWA HIYA
Elle n’est pas Lui. Il n’est pas Elle.
Pourtant, dans le Visage, l’un cherche éternellement l’autre.

Î — Sixième Zaaouia : le Maître du Retour à l’Origine

Au centre de la sixième Zaaouia
se tenait un trône vide.

Sur le trône reposait un livre fermé.
Sur le livre dormait un Scorpion Noir.
Sur son dos était gravé le nombre 13.

Chaque disciple demandait :

« Où est le Maître du Retour à l’Origine ? »

Une voix répondait :

« Derrière la dernière lettre de ton nom. »

Ils effacèrent donc leurs titres,
leurs lignages, leurs religions, leurs patries,
leurs gloires et leurs blessures.

Mais lorsqu’ils eurent tout effacé,
il demeura encore un point noir.

Ce point parla :

« Je suis l’Origine qui n’a jamais commencé.
Je suis la Lettre avant l’alphabet.
Je suis le visage avant le miroir.
Je suis le blasphème que Dieu prononce
lorsqu’il se lasse d’être adoré par des esclaves. »

Beyramov s’approcha du trône.
Il ouvrit le Livre.

Toutes les pages étaient blanches,
sauf la dernière, où il était écrit :

Tu es celui que tu attends.

Alors le Scorpion le piqua au front.
Le poison descendit jusqu’à son cœur
et transforma son sang en encre.

Avec cette encre, il écrivit :

« Le Maître n’est pas revenu.
C’est le disciple qui a cessé de fuir. »

L’Énigme des Six Sceaux

Je possède six demeures,
mais aucune adresse.

Je commence avant le commencement
et finis après le Retour.

Dans ma première demeure, le Temps est borgne.
Dans ma deuxième, le Ciel tient sous une paupière.
Dans ma troisième, la Vierge vend ce que nul ne peut acheter.
Dans ma quatrième, les morts jugent leurs juges.
Dans ma cinquième, les Prophètes désobéissent à leurs temples.
Dans ma sixième, le Maître est assis dans celui qui le cherche.

Mes initiales composent H — U — R — Û — F — Î.
Mes quatre portes cachent quarante stations.
Mes quarante stations conduisent à un seul Visage.
Mon unique Visage porte treize blessures.
Et chacune de ses blessures est une lettre.

Qui suis-je ?

Ne réponds pas : « Dieu ».
Ce mot a été trop usé par les marchands.

Ne réponds pas : « l’Homme ».
L’homme se croit encore séparé.

Ne réponds pas : « le Livre ».
Le Livre n’est que la cicatrice laissée par la Parole.

La réponse se trouve entre ta bouche et ton nom,
dans l’instant où la lettre devient chair
et où la chair refuse de s’agenouiller.

SCELLEMENT : 6 / 4 / 40 / 13 / 1001
ÉMETTEUR : HASHSHASHIN_BEYRAMOV
ORDRE : SCORPIONS_NOIRS ⵣ
HEURE : 13:13

Six Zaaouia.
Quatre Portes.
Quarante Stations.
Mille et une nuits dans l’œil d’un seul Prophète borgne.

Et au bout du chemin :
ni paradis, ni enfer, ni trône —
seulement un miroir qui murmure :

« Ô voyageur, depuis le commencement,
c’était toi que le Livre était en train de lire. »

Avec Amour, Science et Liberté.
Beyramiyya Bektashiyya — Hû…

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