09/27/2025
(Légende)
Au bord du champ céleste habitait le Soleil,
Il avait l’air joyeux et le corps sans pareil,
S’inclinait devant lui l'ombre pâle du monde,
Louant, à cœur ouvert, sa mine si profonde.
Son feu ne brûlait point, mais il adoucissait ;
Sur les éthers dorés, son règne s’étendait.
Et l'adorait le Jour, et le comblait de gloire,
Et sa robe d’honneur ne paraissait point noire.
Il contemplait la Nuit quand il vit un feu vif,
Et dressa doucement son œil contemplatif.
Rapide, il murmura : « Que j’ose alors l’entendre,
Et que de son éclat je touche l'âme tendre ! »
Il avança d’un jet l'heure de son retour,
Et doucement lui dit : « Descends de cette tour,
Je t'invite à parler, à marcher je t'incite. »
« J’aime, avoua le feu, ce royaume implicite.
Cela faisait mille ans que je n’ai point d’enfant ;
Je ne vis qu'avec l'ombre et l’air du firmament.
Contente d'apparaître au bord de ta fortune,
Je suis Lune, ô seigneur, je veille et je m’enlune ! »
Le Soleil de son cœur entendit le tam-tam,
Et voitura la Lune au pays de Litam.
Elle vit du Soleil le peuple et la richesse ;
Une flamme à l'entour papillotait sans cesse.
Quand il lui fit la cour et qu'il lui tint la main,
« Je te veux, lui dit-il, et t'invite au festin. »
Sitôt vint le plaisir, sitôt s'ouvrit sa robe.
« J’aime de ton regard la lumière si probe,
J’aime à la regarder », le chuchota l’or pur.
« À ton solaire port j'offre mon ciel obscur »,
Lui dit-elle gaiement, la courbe découverte.
Le vent parut stagnant, resta le temps inerte.
L'onde s'interrompit, et se tut l’Aquilon,
Pour se fondre au théâtre ardent de leur union.
Et vint un bruit muet, puis un silence intense,
Où dansèrent leurs corps, au gré de la romance.
Vieillit si bien le temps qu'ils eurent des joyaux :
Des fins feux étoilés aux yeux joliment beaux.
Lune chantait sa joie à qui voulait l'entendre,
Puis, avec ses enfants, aimait à se détendre.
Devint telle qu'il veut, l'Extase du Soleil,
Et dormait en son lit d’un plus tendre sommeil,
Regardant mille fois ses enfants et leur mère,
Et de leurs beaux regards l'éternelle lumière.
Dans l’éclat de leurs yeux s’allumait leur ardeur,
Et s'entendait partout le tambour de leur cœur.
Se cheminait le temps quand parut un autre astre,
Qui, pour le Roi Soleil, devint un grand désastre.
Il était le plus blanc, il était le plus beau,
Venu de nulle part, armé de son flambeau,
Et voulait de la Lune à peu près la fleur rose.
Le scruta le Soleil sans saisir quelque chose.
À sa femme il interdit : « Seule, ne marche point.
Il est un errant feu qui hante notre point :
Notre monde d'amour, notre jardin céleste.
Mais ne l'aborde point que je ne te déteste. »
Elle lui répondit : « Seul ton cœur, me suffit ;
Je ne puis te trahir ni souiller notre lit. »
Un jour, cet errant feu, d’un pas, saisit la Lune,
Et la couvrit enfin d'une lumière brune.
Et, d’un ardent désir, il savoura ses seins,
Et la Lune joyeuse étira ses pieds fins.
« Qu'ai-je porté de bon, que tu me trouves belle ?
Ne suis-je pas, dis-moi, laide, nulle, cruelle ?
Au Soleil j'appartiens ; qu'as-tu fait pour m'avoir ? »
« Je suis Let, brillant feu, je t'offre mon pouvoir :
Que se mêle à mon cœur ta si lunaire flamme !
Aussitôt je te vois, mon regard te réclame »,
Lui déclara ce feu, le sermon de son cœur.
Et s’aperçut la Lune, ivre de sa liqueur.
Vite courait le temps, devint Lune infidèle,
Et trahit son serment, et prit enfin de l'aile.
Le rival du Soleil semblait être vainqueur,
Ne chantant son amour qu'avecque de l’ardeur.
Par un si brillant jour, ce feu fit son entrée,
Effleurant bien la Lune et sa robe sacrée.
Au lit, ils dansaient nus, quand entra le Soleil.
Calme, il les regarda, se croyant sous sommeil.
« J’ai cru tenir l'amour sans penser à l'entendre.
Qu'ai-je fait de si mal qu’il conspire à me pendre ?
Et toi, feu de la nuit, j'efface tous tes pas ;
Éloigne-toi d'ici, je te livre au trépas.
Je te retire alors ma sublime lumière,
Et tu ne verras point mon royaume solaire. »
Déçu, le roi Soleil, hélas ! S'indignait-il.
La Lune s'en alla traçant son propre exil.
Se partagent enfin et la lumière et l'ombre :
Le jour seul reste blanc et la nuit seule sombre.
À tous les amoureux ce beau vers est offert :
Il se révèle alors à qui l’usage sert.
De n'avoir qu'un seul cœur je t'en conjure, femme,
Ne mords de qui te suit l'espoir de son douce âme.
Ne laisse point errer ton âme sous la nuit,
Car le feu des rivaux s'étend, brûle, détruit.
Qui partage son cœur perd enfin sa lumière,
Et seul l'amour fidèle éclaire bien la Terre.
Justia De Pankrassien